Sonatrach acteur stratégique mondial a toujours respecté ses engagements internationaux  

Par Abderrahmane Mebtoul

Professeur des universités, expert international, ancien directeur des études au ministère de l’Énergie et à la Sonatrach et président de la commission transition énergétique de la société civile des 5+5 + Allemagne ( 2019/2020).

Après la diffusion d’une annonce non officielle reprise par l’agence internationale Reuters selon laquelle l’Algérie fermerait le gazoduc Medgaz au cas où serait réalisée la proposition
d’achat de plus de 40% des actions de la société espagnole Naturgy par le groupe énergétique émirati TAQA, une certaine presse s’en est pris violemment à l’Algérie en l’accusant de ne pas respecter le droit commercial international. Connue pour faire fi de toute forme d’éthique journalistique, l’objectif de ces « médias » est de semer le doute sur la fiabilité de Sonatrach et de nuire à l’image de l’Algérie. Or aucune voix officielle algérienne, ni le Ministère de l’Energie seul habilité, ni l’agence officielle APS n’ont tenu de tels propos, Sonatrach ayant toujours respecté ses engagements internationaux en conformité avec les clauses contractuelles, et étant reconnu au niveau international comme un acteur fiable.

Selon le magazine britannique « The Economist » entre 2022 et 2023 Sonatrach a été classée parmi les 15 plus grandes compagnies pétrolières au monde et classée 12 e  en termes de production de pétrole et de gaz. Elle domine le classement des entreprises africaines, contribuant à plus de 10 % du chiffre d’affaires total des 500 entreprises répertoriées par le magazine Jeune Afrique, qui s’élève à 760 milliards de dollars. Dans le domaine énergétique,
l’Algérie est un acteur central de l’approvisionnement en gaz de l’Europe et selon le rapport du Forum des pays exportateurs de gaz de janvier 2024, en 2023, l’Algérie a fourni 19% du gaz naturel exporté par gazoduc vers l’UE, se classant ainsi juste derrière la Norvège, qui occupe la première place en la matière avec une part de marché de 54%, alors que la Russie s’est classée à la troisième place, avec une part de 17%. Les réserves de pétrole en Algérie
sont estimées à environ entre 10/12 milliards de barils et pour le gaz naturel, 2400/2500 milliards de mètres cubes gazeux selon les données d’un conseil des ministres de janvier 2022 ( source agence officielle APS) encore que le niveau des réserves se calcule en
référence au vecteur prix international, évolutif au regard du coût de production. Selon le dernier rapport de GECF, le coût par baril équivalent pétrole a atteint 5,30 dollars pour le gaz naturel et 8,80 dollars pour le pétrole, contre respectivement 2,60 dollars et 3,50 dollars en 2022, donnant une rente aux anciens gisements amortis encore rentables, mais dont le coût est croissant pour les vieux gisements, cette augmentation des coûts pouvant en partie
s’expliquer par la localisation des nouvelles découvertes, principalement dans les blocs offshore en eaux profondes, 41 % des nouvelles découvertes en 2023 ayant été réalisées dans des eaux très profondes et 30 % dans des zones en eaux profondes. Selon son PDG, Sonatrach en a, 2023, exporté 34,9 milliards de mètres cubes (m3) de gaz naturel vers le marché européen. En plus des exportations de GNL la structure globale des exportations donnant environ 33% GNL et 67% gaz naturel par canalisation- GN- il y a eu une augmentation de 25,6% en 2023 par rapport à 2022, en direction de l’Europe qui a permis de consolider la part de Sonatrach dans les importations européennes de GNL de 10% contre 8% enregistré en 2022. Rappelons que l’Algérie a deux importantes canalisations le
Medgaz qui la relie à l’Espagne pour une capacité de 10 milliards de mètres cubes gazeux et le Transmed vers l’Italie d‘une capacité de 32 milliards de mètres cubes gazeux mais fonctionnant en sous capacité, avec des exportations exportation en 2023 d’environ 23/24
milliards de mètres cubes gazeux , incluant 3 milliards de mètres cubes gazeux additionnels.

Selon le Ministre de l’Énergie et des Mines (source officielle APS 11 mars 2024), au sein de la structure des exportations en 2023, les hydrocarbures représentent environ 92/93% des
entrées en devises mais si on inclut les dérivés d’hydrocarbures le taux passe à environ 97/98% et selon les statistiques douanières, donc officielles, les exportations hors hydrocarbures sont passées de 7 milliards de dollars en 2022 et à environ 5 en 2023 et sur
ces 5 milliards de dollars 67% sont des dérivés d’hydrocarbures. Les recettes des exportations algériennes d’hydrocarbures ont atteint 50 milliards de dollars en 2023, enregistrant ainsi une baisse de 16% par rapport à 2022, ce recul s’expliquant par la baisse des prix du pétrole, à 84 dollars le baril fin 2023 contre 104 dollars fin 2022 et bien que la production commercialisée d’hydrocarbures en Algérie a atteint près de 170 millions de tonnes équivalent pétrole soit une hausse de plus de 3% par rapport à 2022.La production moyenne de pétrole brut en Algérie s’est élevée à environ 909.700 barils par jour au cours du premier semestre 2024 selon les estimations de l’Opep et tenant compte de la réduction
volontaire de 48 mille barils par jour approuvée à partir de mai 2023 et devant se poursuivre jusqu’à la fin de 2024. Les principaux destinataires des exportations au premier trimestre de 2024 sont la France avec une moyenne de 68,8 mille barils par jour, contre 61,4 mille barils par jour, l’Italie 55,9 mille barils par jour contre 48,8 mille barils par jour pendant la même période en 2023 et l’Espagne, pour le pétrole, ses importations en provenance d’Algérie ayant diminué pour atteindre 45,6 mille barils par jour au cours du premier trimestre de 2024, contre 64,6 mille barils par jour au cours du même trimestre de l’année 2023.

Viennent ensuite des pays avec des quantités relativement faibles comme les Pays-Bas à 44,5 mille barils par jour, comparativement à 20,3 mille barils par jour pendant la même période de l’année 2023, le Royaume-Uni avec une moyenne de 6,5 mille barils par jour au
cours du premier trimestre de 2024, comparativement à 44,5 mille barils par jour au cours du même trimestre en 2023. Les autres pays clients de Sonatrach ont importé 233,7 mille barils par jour au cours des trois mois se terminant en mars 2024 dont l’Inde, avec une moyenne de 68 mille barils par jour, la Corée du Sud et le Portugal, avec environ 41 mille barils par jour. Pour accroître ses exportations, Sonatrach prévoit d’investir 50 milliards de
dollars durant la période 2024-2028, tout en précisant que 71 % de ce montant sera investi dans l’augmentation de la production primaire des hydrocarbures pour la porter à 207 millions de tonnes équivalent pétrole en 2028 contre 190 millions de tonnes en 2023. Selon les extrapolations du Ministère de l’Energie, la consommation intérieure d’énergie primaire se répartissant en 99,6% de combustibles fossiles , pétrole 35%, gaz naturel, 64%, charbon 0,4% et 0,4% d’énergies renouvelables en cas de non découvertes substantielles, d’un nouveau modèle de consommation énergétique, liant l’efficacité énergétique et la production d’Energie renouvelables (hydraulique, solaire, hydrogène vert, bleu et blanc)
étant prévu, une puissance d’origine renouvelable de près de 22 000 MW, dont 12 000 MW dédiés à couvrir la consommation intérieure et 10.000 MW à l’exportation, soit environ 35% de la consommation intérieure à l’horizon 2030/2035, si cette politique de Mix énergétique n’est pas mis en œuvre concrètement, la consommation intérieure représenterait 80% du total de la production horizon 2030, menaçant les capacités d’exportation. Cela renvoie
d’ailleurs à la forte consommation intérieure liée à la politique des subventions des produits énergétiques généralisés, non ciblées, et donc à toute la politique industrielle , du BTPH budgétivores et au gaspillage au niveau des ménages. Selon le Commissariat aux énergies renouvelables et à l’efficacité énergétique (CEREFE), en 2022, la consommation des ménages, des tertiaires (bâtiments administratifs, hôpitaux, hôtels et écoles) et du secteur agricole a représenté 66% de la consommation nationale de gaz naturel, le secteur de l’industrie représentant , pour sa part, 33%. Selon les données du Ministère de l’Energie reprises, la moyenne des exportations de pétrole algérien durant le premier trimestre 2024
s’élevait à 430.970 barils , sur une moyenne de 909.700 barils jour, nous avons 47,41%, à l’exportation et 52,59%,pour la consommation intérieure et pour le gaz naturel sur plus de
110/120 milliards de mètres cubes gazeux de production annuelle (devant injecter envirron20/25% dans les puits pur éviter leur épuisement), nous avons plus de 50% de la production pour la consommation intérieure.

Un rôle économique central

Devant être réaliste, c’est dans le contexte de sa contribution à l’économie nationale qu’il faut replacer Sonatrach car en ce mois de mai 2024 , sur le plan économique, Sonatrach c’est l’Algérie et l’Algérie c’est Sonatrach. Le 27 avril 2024 sur les conclusions des Réunions de printemps 2024 du Groupe de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, a affirmé que les exportations en hydrocarbures ont reculé à 49 milliards USD en 2023, contre 56 milliards USD en 2022 et que le solde de la balance des paiements avait affiché un excédent de 6,53 milliards USD en 2023 . Le taux d’endettement extérieur est faible moins de 1,5% du PIB donnant des marges de manœuvres à l’Algérie mais avec un déficit budgétaire prévisionnel pour 2024 important plus de 46 milliards de dollars au cours actuel d’avril 2024 de 134 dinars un dollars, les réserves de change étant, selon la définition du FMI, l’ensemble des disponibilités composant le portefeuille des actifs que sa Banque
centrale détient (devises, or, droits de tirages spéciaux – DTS) qui tiennent la cotation du dinar officiel à plus de 70% ont été en – 2022 : 61 milliards de dollars et fin 2023, 69
milliards de dollars non compris les réserves d’or de 173 tonnes dont le stock n’a pas évolué depuis 2008, qui connaît d’importantes fluctuations, l ‘once d’or étant passée de 280 dollars
en 2000 à 1800 en 2021 et est coté le 28 avril 2024 à 2338 dollars Non inclus les importations de services figurant dans la balance des paiements, document beaucoup plus significatif que la balance commerciale, ayant varié entre 6/7 milliards de dollars/an entre
2022/2023 montant qui doit s’ajouter à la valeur des importations de biens, actualisant, pour l’ONS , pour la clôture de l’année 2023, les données des échanges extérieures de marchandises enregistrent un recul de l’excédent commercial qui passe de 3.668,8 milliards de DA en 2022 à 1.612,3 milliards de DA en 2023, soit une diminution de 56,1%. Toujours selon l’ONS, pour 2023 les exportations ont été de 55,27 milliards de dollars pour un cours
moyen de 134 dinars un dollar contre 68,70 milliards de dollars en 2022 soit une baisse d’environ 13,43 milliards de dollars et selon le Ministère du commerce en avril 2024 (source APS) la part de l’Afrique dans les exportations algériennes en 2023 ayant été de 2,7 milliards de dollars dont 650 millions hors hydrocarbures, (1,85% du total des exportations) et les importations en 2023 ont été de 43,24 milliards de dollars contre 41,34 milliards de dollars
en 2022, cette désagrégation de l’indice de valeurs unitaires » étant due à une diminution des prix des hydrocarbures de 21,7% mais également à la baisse du volume et les prix des « exportations des produits hors hydrocarbures ». Selon les prévisions récentes du FMI , commentant les rapports que lui a fournis l’Algérie qui a réévalué le PIB d’environ, 30% incluant la valeur ajoutée de la sphère informelle, l’inflation a dépassé le s9%, le taux de
chômage avec la forte pression démographique ( 47 millions d’habitants au 01 janvier 2024) avoisinant les 14% touchant paradoxalement les diplômés, le taux de croissance pour 2023 a
été de 4,2% avec une prévision de 3,8%, en 2024 et 3,1% en 2025 soutenue en partie par d’importantes dépenses budgétaires. Pour le FMI se basant sur un taux de croissance moyen de ¾ % par an l’Algérie aurait un PIB à prix courant de 270 milliards de dollars en 2024, 326 en 2026, 370 en 2028 contre 243 milliards de dollars en 2023, (la BM donne 227 milliards de dollars) car pour créer 350.000/400.000 emplois par an qui s’ajoute au taux de chômage, il faudrait avoir un taux de croissance de 8/9% par an sur plusieurs années. Ces projections selon le FMI ne sont réalisables que sous réserve de profondes réformes structurelles, une rationalisation des choix budgétaires, une lutte contre la corruption et un
accroissement des recettes d’hydrocarbures durant cette période qui devront être affectées aux secteurs productifs.
En conclusion, pour revenir à l’actualité Sonatrach ayant toujours respecté ses engagements internationaux et étant un fournisseur fiable, l’Algérie suit avec une extrême attention la proposition d’achat des actions de la société espagnole Naturgy par le groupe
énergétique émirati, TAQA plus de 40%. Cela a des implications sur la gestion de MEDGAZ, 10,5 milliards de mètres cubes gazeux et cela estnormal, puisque Sonatrach détient 51% et la partie espagnole 49% et par ailleurs. Sontrach est un acteur majeur de l’approvisionnement en gaz naturel du marché espagnol d’environ 33% le premier trimestre 2024. La question légitime que se pose l’Algérie; si cette éventuelle cession d’actions est une
opération purement commerciale ou si elle sous entend des visées autres de la part des Emiraties à l’encontre de l’Algérie, ce qui nuirait à ses intérêts stratégiques et si dans cette transaction aurait l’accord du gouvernement espagnol. Cependant, il faut se rendre à l’évidence que le monde est dominé par les marchés financiers que nous sommes à l’ère de la mondialisation avec d’importantes transactions boursières au niveau mondial où les
échanges sur les marchés actions se sont élevées en 2023 à plus de 100.000 milliards de dollars, presque l’équivalent du PIB mondial et que des clauses contractuelles ne sont pas une fin en soi, la solidité de telles clauses n’étant pas évidente lorsque l’entreprise est cotée en Bourse, d ’où l’importance pour l’avenir de l’Algérie d’être un acteur (direct ou indirect) sur les marchés des capitaux internationaux. Il y a lieu aussi de rappeler que tout
investissement, qu'il soit national ou étranger repose d’abord sur la CONFIANCE et le respect du droit et que l’impact dans les relations internationales de tout pays est fonction de son poids économique reposant sur une économie diversifiée qui réponde aux normes internationales. L’Algérie a toutes les potentialités pour devenir un pays pivot au sein des espaces euro méditerranéens et africains devant éviter de s’enfermer dans un rôle qui ne
nous laisse d’autres perspectives que de subir les aléas de la conjoncture pétrolière et gazière qui ne dépend pas d’une décision interne mais de facteurs externes, les expériences historiques montrant clairement que le développement durable se fonde sur la bonne gouvernance et la valorisation du savoir.
ademmebtoul@gmail.com

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