Un projet algéro-italien de production de sucre dans le Sud

Un important projet algéro-italien de production de betterave sucrière est actuellement en cours de discussion et devrait prochainement aboutir à la signature d’un accord. Un projet qui doit permettre de réduire les importations d’intrants pour l’industrie agroalimentaire et consolider la sécurité alimentaire.

Plusieurs projets de développement des cultures stratégiques sont lancés dans le Sud qui est en passe de devenir le grenier de l’Algérie, grâce aux mécanismes requis pour garantir le développement des filières stratégiques, sur la base d’une feuille de route mise en place par le ministère de l’Agriculture et du développement (MADR). Céréales, lait, tomate industrielle, et plus récemment culture de la betterave sucrière et de la canne à sucre. Les politiques publiques mises en place pour promouvoir l’agriculture en milieu saharien se traduisent par des projets concrets en partenariat avec les investisseurs étrangers.

De grands projets sont d’ailleurs en cours de lancement pour la production de betterave sucrière dans le sud du pays. Il faut dire que le président de la République Abdelmadjid Tebboune a fait du développement des cultures stratégiques afin de produire localement des matières premières agricoles pour l’industrie agroalimentaire, jusque-là importées, une priorité. Il s’est d’ailleurs félicité de la capacité des opérateurs algériens qui ont réussi à produire de l’huile de table 100% algérienne en partant de la graine au produit final. Le nouvel objectif est de faire de même pour le sucre. Le Président Tebboune a d’ailleurs mis en avant tout le potentiel de certaines wilayas du sud pour ce qui est de la production de betterave sucrière. Il avait indiqué lors de la dernière Foire international d’Alger que « la betterave sucrière peut être cultivée dans le sud du pays, notamment à Oued Souf et à Adrar, contrairement à ce que disent certains », avant d’ajouter que « la betterave sucrière de cette région peut peser jusqu’à 5 kilos avec une teneur en sucre très forte qu’on ne trouve pas en Europe ». Cette volonté se concrétise par des projets concrets pour valoriser ce potentiel. Un projet pilote qui a donné des résultats concluants pour ce qui est de la culture de la betterave sucrière a encouragé les autorités publiques à mettre en place une feuille de route pour le développement de cette culture à grande échelle. Il est prévu dans ce contexte de créer un pôle de culture de la Betterave sucrière dans la wilaya d’El-Meniaa, tandis que des investisseurs, dont un opérateur local aux côtés d’investisseurs italiens et américains, ont affiché un vif intérêt pour la filière.


Un pôle pour de production à El Meniaa

Il faut dire que la première expérience pilote de production de la betterave sucrière dans la wilaya d’El-Menia a enregistré des résultats encourageants sur une superficie de 6 ha réservée à cette filière au niveau d’une exploitation agricole privée. Le rendement de la production est estimé à plus de 100 tonnes/ha au titre de l’actuelle saison agricole, avec une concentration en sucre très élevée. De son côté, le groupe privé Cevital a lancé la culture de betteraves à sucre. Deux mois après le semis, les premières pousses ont émergé, révélant un potentiel encourageant pour l’autosuffisance alimentaire de l’Algérie. Les résultats de cette expérience audacieuse de la production de betteraves sucrières, menée entre 2019 et 2022 ont donné une production de 3 600 tonnes de betteraves à Biskra et 60 000 tonnes sur 800 hectares, en 2022 à Ouargla. Cevital a également lancé en 2023, dans la commune de Hassi El F’he, wilaya d’El Meniaa, des tests de faisabilité de la culture de ce produit qui s’est révélée positive et encourageante, pour la transformation. Cet opérateur national privé vise à produire dans usine dédiée à cette industrie de transformation agroalimentaire, 450 milles tonnes de sucre par an, avec une moyenne d’exploitation de 30 milles tonnes de betteraves sucrières par jour.

Les résultats positifs obtenus jusqu’à présent ont suscité l’enthousiasme des pouvoirs publics pour encourager cette filière stratégique. Des expériences qui soutiennent le projet de création d’un pôle agricole spécialisé en production de la betterave sucrière qui a été retenu en faveur de la wilaya d’El Meniaâ. Les autorités centrales ont mis tous les moyens humains, matériels et logistiques nécessaires pour l’aboutissement de ce projet.


Des partenariats avec des opérateurs italiens et américains

Un projet qui suscite d’ailleurs l’intérêt des investisseurs étrangers. Selon des sources proches de ce dossier deux investisseurs étrangers ont affiché leur intérêt pour cette filière stratégique. Selon les mêmes sources, un projet algéro-italien de production de betterave sucrière est actuellement en cours de négociation. Des discussions qui sont à un stade très avancé devraient aboutir très prochainement. Nos sources ne donneront pas plus de détails au regard du caractère stratégique du projet, dont les contours sont déjà définis, nous dit-on.
Les Américains, qui ont affiché de l’intérêt pour le secteur agricole en Algérie, sont également intéressés par la filière. Ainsi, Tafadis filiale du groupe public Madar Holding a annoncé au mois de janvier dernier la signature d’un mémorandum d’entente avec le groupe américain Reasol pour lancer conjointement un projet intégré de production de sucre. Le mémorandum d’entente, qui jettera les bases d’un partenariat stratégique entre Tafadis spécialisée dans le raffinage du sucre en Algérie et Reasol, firme texane réputée dans le domaine agroalimentaire, porte sur le développement d’un projet intégré allant de la culture à grande échelle de la betterave sucrière jusqu’à sa transformation industrielle, afin de produire un sucre blanc 100% algérien répondant aux standards internationaux.

La tomate industrielle et la tomate cerise aussi

Au-delà de la filière sucrière, les pouvoirs publics entendent développer tout un ensemble de pôle agro-industriels intégrés gravitant autour des cultures stratégiques dans le sud du pays. C’est dans ce contexte que le ministère de l’Agriculture et du Développement rural entend établir une carte des potentialités agricoles dans le Sud du pays et ce dans le cadre d’une démarche qui prévoit la création de grands cluster agro-industriels adossés à des couloirs verts pour les investisseurs. L’Objectif est de couvrir les besoins nationaux et consolider la sécurité alimentaire, mais aussi dégager des surplus à l’export dans certaines filières. C’est le cas pour la tomate industrielle. Il faut dire que la filière traditionnellement bien implantée dans le Nord du pays et particulièrement dans les wilayas de l’Est où elle prospère grâce aux niveaux de pluviométries élevées, trouve un nouveau souffle grâce à l’agriculture saharienne. C’est particulièrement vrai dans la wilaya d’Adrar, où les expériences menées jusque-là ont produit des résultats satisfaisants. Par ailleurs, après l’exportation de la tomate industrielle et la tomate sèche, en s’appuyant sur l’expérience Italienne dans ce domaine, l’Algérie compte exporter massivement des tomates-cerises vers l’Europe produites au Sud du pays, dans d’immenses serres, dont la première va passer en phase d’essai fin mai 2024. Le projet prévoit l’installation de serres alimentées par des panneaux solaires avec zéro-empreinte carbone pour respecter les règles de l’Union Européenne. La première serre construite pourra produire toute l’année près de 6 000 tonnes de tomates-cerises. Pas moins de 500 hectares ont été dédiés aux cultures maraîchères qui permettront la produire dès fin octobre prochain, des tomates-cerises, des poivrons et d’autres produits agricoles qui seront exportés dans le monde entier. Ces résultats sont le fruit de l’exploitation des terres du Sud du pays qui, à chaque expérience dévoilent des potentialités jusque-là inexploitées. La dernière récolte céréalière enregistrée dans le Sud de l’Algérie est une autre facette du potentiel de l’agriculture saharienne.

Récolte céréalière exceptionnelle

La culture céréalière est l’autre filière stratégique pour assurer la sécurité alimentaire, réduire la facture d’importation et se défaire de la dépendance des rentes des hydrocarbures. Les politiques publiques menées dans ce sens ont produit des résultats probants avec une augmentation des surfaces dédiées à la céréaliculture notamment dans les wilayas du Sud et des rendements. L’Algérie est dalleurs devenue premier producteur de blé au maghreb, avec un indice prévisionnel de 11% d’augmentation de production céréalière d’ici la fin de la saison 2024/205, comme souligné par les chiffres établis par le département américain de l’agriculture. Selon le même département, l’Algérie est ainsi, le second plus gros producteur de blé en Afrique. Une dynamique qui devrait s’intensifier au regard des grands projets prévus dans ce sens. Rappelons dans ce contexte que l’Italien Bonifiche Ferraresi (BF) a exprimé son engagement pour le lancement d’« importants investissements agricoles » dans le Sud de l’Algérie, notamment dans la production de blé dur et de semences. Le projet s’inscrit dans le cadre d’un contrat de concession que la société BF avait obtenu, l’an dernier pour la production de blé dur dans la wilaya de Touggourt. Un point de départ pour un projet beaucoup plus vaste entre l’Algérie et l’Italie pour un partenariat stratégique, ciblant également la production de semences, d’olives, de fruits et l’industrie agroalimentaire. Un méga-projet de cultures sur 36.000 hectares dans les wilayas d’Adrar et Touggourt. N’oublions pas non plus le projet algéro-qatari de méga-ferme laitière sur 117.000 hectares à Adrar qui prévoit la création d’une ferme de 270.000 têtes de bovins pour la production de 5 milliards de litres de laits/an, une usine de production de lait en poudre ainsi que la production de fourrages et de céréales. Des projets qui reflètent l’intérêt des opérateurs nationaux et les investisseurs étrangers, dans le cadre de partenariat pour de grands projets structurants ; dans les cultures liées à la betterave sucrière, le maïs jaune fourrager, la tomate cerise, le blé, et pourquoi pas le tournesol. Il faut dire qu’en dépit de tous les défis, l’Algérie est parvenue à transformer les dunes de sable de son grand désert du Sahara en champs de blé et autres cultures stratégiques à forte valeur ajoutée, pour l’économie nationale.

Sofia Chahine

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