Guerre contre l’Iran : Trump confronté à des fractures inédites dans son propre camp

La campagne militaire américano-israélienne contre l’Iran, loin de souder la base conservatrice derrière le président Trump, fait apparaître des lignes de faille profondes au sein du mouvement MAGA, où partisans de la guerre et isolationnistes s’affrontent désormais ouvertement, sur fond d’accusations de trahison, d’enquêtes fédérales et de purges internes.

Le mouvement qui a porté Donald Trump au pouvoir sous la bannière « America First » se déchire. La guerre contre l’Iran, menée conjointement avec Israël, a fait éclater une contradiction longtemps contenue entre deux visions irréconciliables : celle d’une Amérique repliée sur ses intérêts strictement nationaux et celle d’une Amérique arrimée à l’alliance avec Israël, quitte à s’engager dans un nouveau conflit au Moyen-Orient. Cette fracture ne se joue plus dans les coulisses. Elle s’étale sur les réseaux sociaux, sur les plateaux télévisés et jusque dans les couloirs des agences fédérales.

La militante d’extrême droite Laura Loomer a cristallisé cette rupture en appelant publiquement au rétablissement du maccarthysme et à « l’élimination des traîtres » qui s’opposeraient à l’effort de guerre. Elle a diffusé une liste de « conservateurs influents » qu’elle accuse de recevoir des financements de l’Iran, de la Russie et du Qatar. Les noms ont été rapidement retirés, à l’exception de celui de Tucker Carlson, l’ancien présentateur vedette de Fox News devenu l’une des voix les plus écoutées de la droite américaine. Carlson, qui affirme que Trump est manipulé par le lobby pro-israélien, a déclaré que la CIA préparait des poursuites pénales contre lui au titre de la loi sur les agents étrangers, en raison de contacts qu’il aurait eus avec des représentants iraniens avant le déclenchement du conflit.

L’ancien officier des forces spéciales Joe Kent, qui a démissionné de son poste de directeur du Centre national de lutte antiterroriste pour protester contre la guerre, fait lui aussi l’objet d’une enquête du FBI pour suspicion de fuite d’informations classifiées. Sur la chaîne conservatrice Newsmax, l’avocat pro-Trump Alan Dershowitz — connu pour avoir défendu Jeffrey Epstein — l’a qualifié de « néonazi » et d’« anti-israélien ». Kent, ancien béret vert six fois décoré de l’Étoile de bronze, a perdu sa femme, officier de la marine, tuée en 2019 par un attentat-suicide en Syrie lors de sa cinquième mission au Moyen-Orient. C’est cette perte qui avait fait de lui un opposant résolu aux guerres sans fin et un partisan de la première heure du trumpisme isolationniste.

Ces affrontements internes révèlent la mue profonde d’un mouvement qui, sous l’effet de la guerre en Iran, a achevé de rompre avec ses promesses fondatrices de désengagement militaire. Le MAGA version 2.0, tel qu’il se redéfinit dans le fracas du conflit, marginalise ses propres figures dissidentes avec les méthodes qu’il dénonçait hier : surveillance fédérale, procédures judiciaires et mise au ban publique. La violence de la politique étrangère américaine, du massacre de civils à Minab à l’élimination ciblée de dirigeants iraniens, trouve désormais son miroir dans la brutalité des règlements de comptes intérieurs. Pour Trump, dont l’assise politique reposait sur l’unité d’un électorat soudé par le rejet de l’establishment, ces divisions constituent un risque politique majeur à l’heure où le conflit iranien est loin d’être terminé. R.I

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