Le patriarche latin de Jérusalem et le custode de Terre sainte ont été empêchés le 29 mars par la police israélienne d’accéder à l’église du Saint-Sépulcre pour célébrer la messe du dimanche des Rameaux, une première depuis des siècles, tandis que le Pape prononçait à Rome un discours d’une virulence inédite contre la guerre américano-israélienne en Iran, déclarant que « Dieu rejette les prières de ceux qui font la guerre » et que « vos mains sont tachées de sang ».
Un fait sans précédent s’est produit dimanche à Jérusalem. Le cardinal Pierbattista Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem, ainsi que le custode de Terre sainte, gardien franciscain des lieux saints, ont été interceptés par les forces de sécurité de l’entité sioniste et contraints de rebrousser chemin alors qu’ils se rendaient à l’église du Saint-Sépulcre pour y célébrer la messe du dimanche des Rameaux. Selon un communiqué du Patriarcat latin, les deux dignitaires se rendaient sur place à titre privé lorsqu’ils ont été arrêtés. L’institution religieuse dénonce un « grave précédent », affirmant qu’une telle interdiction ne s’était pas produite depuis des siècles dans ce haut lieu du christianisme qui abrite selon la tradition le tombeau du Christ.
Cette décision intervient dans un contexte de restrictions sécuritaires drastiques imposées par les autorités israéliennes, qui ont notamment plafonné les rassemblements publics à une cinquantaine de personnes, y compris les célébrations religieuses. La traditionnelle procession des Rameaux, qui part habituellement du mont des Oliviers pour descendre vers la vieille ville de Jérusalem, a par ailleurs été purement et simplement annulée. Le Patriarcat latin a dénoncé une mesure « déraisonnable et disproportionnée », rappelant que l’Église catholique s’est conformée depuis le début du conflit à l’ensemble des restrictions imposées. Le dimanche des Rameaux, qui ouvre la Semaine sainte culminant avec Pâques, constitue l’un des moments les plus importants du calendrier liturgique chrétien.
À Rome, le Pape a choisi précisément ce jour hautement symbolique pour prononcer un discours d’une rare violence contre la guerre en Iran. Sans nommer explicitement le président américain Donald Trump, ses propos constituaient une attaque frontale contre la campagne militaire menée conjointement par Washington et Tel-Aviv depuis près de deux mois. « Dieu rejette les prières de ceux qui font la guerre », a déclaré le souverain pontife lors de son homélie. « Même si vous priez beaucoup, je ne vous écouterai pas, car vos mains sont tachées de sang. » Des formules bibliques qui, dans le contexte actuel, ont été immédiatement interprétées comme un retrait de toute couverture religieuse aux opérations militaires en cours. Le Pape a également affirmé que « nul ne peut invoquer Dieu pour justifier la guerre », qualifiant les frappes aériennes d' »aveugles » et appelant à un cessez-le-feu immédiat.
Le conflit intellectuel entre le Pape et Donald Trump ne date pas d’hier. Dès 2016, alors que Trump était candidat à la présidence, le pontife avait déclaré que « qui construit un mur n’est pas chrétien », en référence au projet de mur à la frontière mexicaine. Aujourd’hui, le différend s’est déplacé du mur mexicain aux missiles tirés sur Téhéran. Le fait que le Pape soit lui-même de nationalité américaine — il est le premier pontife américain de l’histoire — confère un poids supplémentaire à ses critiques, tant aux États-Unis qu’au sein de la communauté catholique mondiale. Son appel intervient alors que Trump exhortait les dirigeants régionaux réunis à Miami à rejoindre les Accords d’Abraham sous prétexte de « contenir l’Iran ». Pour le Vatican, cette rhétorique de coalition militaire dissimule mal ce qu’il considère comme une guerre d’agression injustifiable.
L’incident de Jérusalem a suscité des réactions au plus haut niveau international. Le président français Emmanuel Macron a exprimé son « plein soutien » aux chrétiens de Terre sainte, dénonçant une atteinte à la liberté de culte. La Première ministre italienne Giorgia Meloni, pourtant alliée politique de la droite israélienne, a condamné une « offense aux croyants » et appelé au respect des droits religieux. Ces prises de position, conjuguées aux déclarations papales, placent l’administration Trump et le gouvernement israélien face à un dilemme moral aux yeux de l’opinion publique occidentale, particulièrement au sein des communautés chrétiennes conservatrices qui constituent une part importante de la base électorale du président américain.
L’empêchement du patriarche latin et du custode de Terre sainte de célébrer les Rameaux dans l’un des lieux les plus sacrés du christianisme, conjugué à la sortie frontale du Pape contre la guerre en Iran, souligne la sensibilité croissante des enjeux religieux à Jérusalem et au Moyen-Orient. Le Vatican oppose désormais un « veto moral » explicite aux ambitions militaires américaines dans la région. Reste à savoir si cet appel papal parviendra à freiner la machine de guerre ou si l’administration Trump poursuivra sa campagne en ignorant les avertissements de celui qui représente la conscience de plus d’un milliard de catholiques dans le monde.


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