Le Mali a vécu samedi l’une des journées les plus sombres de son histoire récente. Une vague d’attaques terroristes simultanées d’une ampleur et d’une coordination sans précédent a frappé le pays des sables du désert jusqu’aux faubourgs de sa capitale, ébranlant un régime militaire qui peinait déjà à contenir les flammes d’une crise multiforme. Bamako, Kati, Sévaré, Gao, Kidal, cinq villes réparties sur des centaines de kilomètres ont été touchées en quelques heures, dans ce qui ressemble à une démonstration de force calculée visant à mettre à nu les failles d’un État en guerre contre lui-même.
Bamako sous les détonations
Dès l’aube, de lourdes explosions et des échanges de tirs ont retenti près du camp militaire de Sénou, à proximité de l’aéroport international de la capitale, et dans le district de Mamaribougou, en périphérie de Bamako. Selon certaines informations l’aéroport demeurait sous contrôle des autorités malgré des affrontements sporadiques dans les zones environnantes. Mais c’est à Kati, ville garnison qui abrite la principale base militaire du pays ainsi que les résidences du ministre de la Défense Sadio Camara, que l’attaque a revêtu sa dimension la plus symbolique. Si les autorités ont confirmé que le ministre n’avait pas été blessé, des témoins sur place ont affirmé que sa résidence avait été fortement endommagée, voire partiellement détruite. Une dizaine de corps de présumés assaillants avaient été retrouvés sur les lieux.
Kidal et le nord : la FLA revendique le contrôle total
Dans le nord, la situation a pris une tournure encore plus grave. Le Front de libération de l’Azawad, coalition rebelle dominée par les Touaregs, a annoncé tard samedi avoir pris « le contrôle total » de la ville de Kidal, stratégique et longtemps disputée. Dans un communiqué, le groupe a précisé qu’il ne restait qu’« une petite poche de résistance résiduelle » composée de mercenaires russes de l’Africa Corps et de soldats maliens retranchés dans un ancien camp de la MINUSMA. Plus troublant encore, la FLA a assumé avoir mené ces opérations « en partenariat avec le JNIM », groupe armé affilié à Al-Qaïda, décrivant une coordination tactique entre deux mouvements aux agendas pourtant distincts, l’un séparatiste et laïque, l’autre islamiste. Un hélicoptère militaire aurait également été abattu près de Wabaria, non loin de Gao, selon plusieurs sources concordantes.
Le gouvernement parle de contrôle, le bilan reste flou
Face à cette tempête, le gouvernement de transition du général Assimi Goïta a adopté un discours de fermeté. « À l’heure actuelle, la situation est totalement sous contrôle », a-t-il affirmé dans un communiqué, saluant la réaction des forces armées et appelant la population à la vigilance, tout en faisant état de 16 blessés parmi les civils et les soldats. Mais en fin de journée, l’armée n’avait toujours pas publié de rapport opérationnel détaillé, et les combats se poursuivaient encore dans certains secteurs de la capitale à la tombée de la nuit. L’ambassade des États-Unis avait quant à elle appelé ses ressortissants à se mettre à l’abri, signal que la situation restait loin d’être maîtrisée.
Les racines d’une crise annoncée
Ces attaques ne surgissent pas du néant. Le JNIM impose depuis septembre 2025 un blocus sur le carburant et les approvisionnements autour de Bamako, provoquant pénuries et hausse des prix qui étranglent la vie quotidienne. La prolongation du mandat de Goïta jusqu’en 2030, la dissolution des partis politiques et l’abandon de l’accord de paix d’Alger de 2015 au profit d’une approche exclusivement militaire ont nourri les rancoeurs dans un nord historiquement marginalisé. La FLA, dans son communiqué, a accusé les forces maliennes et leurs alliés russes de violations des droits de l’homme et réclamé une « mobilisation internationale urgente » sur les plans humanitaire et politique, décrivant Bamako comme « un obstacle majeur à toute solution politique crédible et inclusive ». En frappant simultanément aux portes de la capitale et aux confins du désert, les assaillants ont envoyé un message limpide : ni le soutien russe ni la rhétorique souverainiste n’ont suffi à éteindre le feu qui couve sous les sables du Sahel. R.I




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