Cette dynamique dans les indices n’est pas déconnectée des investissements sur le terrain.
Alger a intégré, selon les dernières mesures publiées par la plateforme Ookla/Speedtest, le Top 50 mondial des villes les plus rapides en matière d’internet mobile, en se classant à la 48e place avec un débit descendant de 163,31 Mbit/s, une vitesse montante de 24,30 Mbit/s et un temps de latence de 18 millisecondes. Ce résultat, qui représente un bond de 68 places depuis le mois de septembre 2025 où la Capitale pointait à la 116e position, survient moins de six mois après le lancement officiel de la 5G en Algérie et confirme une trajectoire de rattrapage numérique qui s’inscrit dans la durée.
Pour comprendre l’ampleur de cette progression, il faut remonter quelques années en arrière. En 2023, l’Algérie occupait la 88e place dans l’Indice de développement des technologies de l’information et de la communication (IDI) publié par l’Union internationale des télécommunications (UIT), avec un score de 77,8 points — au-dessus de la moyenne africaine, mais encore en deçà de la moyenne arabe. Un an plus tard, dans l’édition 2024 de ce même indice, le pays atteignait 80,9 points, progressant encore dans un classement continental dominé par la Libye, le Maroc et les Seychelles. C’est l’édition de juin 2025 qui a constitué le véritable tournant : l’Algérie s’est hissée à la 74e place mondiale avec un score de 86,1 points, gagnant 15 places par rapport à l’année précédente où elle se situait à la 89e position. Ce score la place au-dessus des moyennes mondiale (78 points), arabe (77,6 points) et africaine (56,1 points). Depuis 2021, le pays aura ainsi gagné 43 places dans ce classement de référence.
Cette dynamique dans les indices institutionnels n’est pas déconnectée des investissements sur le terrain. Le lancement officiel de la 5G, le 3 décembre 2025, est intervenu près de neuf ans après l’introduction de la 4G en octobre 2016, une technologie qui couvre aujourd’hui près de 90 % des 54,87 millions d’abonnés mobiles recensés dans le pays. Les trois opérateurs — Mobilis, Djezzy et Ooredoo — ont obtenu leurs licences officielles en juillet 2025, formalisées au Journal officiel du 24 novembre, pour un investissement total de 63,9 milliards de dinars, soit environ 492 millions de dollars. Le déploiement suit un calendrier étalé sur six ans, avec huit wilayas désignées comme zones pilotes : Alger, Oran, Constantine, Sétif, Skikda, Ouargla, Tlemcen et Blida. Les cahiers des charges sont précis : les débits doivent atteindre au minimum 300 Mbit/s en mode NSA et 500 Mbit/s en mode SA, avec un temps de latence de 10 millisecondes puis 4 millisecondes.
Les effets du déploiement sur les performances réseau sont déjà mesurables. Alger affiche, en décembre 2025, une vitesse de téléchargement médiane de 102,56 Mbit/s, suivie par Sétif à 76,94 Mbit/s, Constantine à 64,47 Mbit/s et Oran à 55,69 Mbit/s. Les chiffres Ookla de mai 2026 — 163,31 Mbit/s en téléchargement pour la capitale — indiquent que cette montée en charge s’est poursuivie à un rythme soutenu au cours des cinq premiers mois de l’année. La 5G avait d’ailleurs montré son potentiel bien avant son lancement commercial : les cartes de puissance du signal d’Ookla indiquaient des zones actives à Alger dès le quatrième trimestre 2024, avec une intensification au deuxième trimestre 2025.
La progression ne se limite pas au mobile. Sur le fixe, Alger gagne également onze places dans le classement Ookla, avec un débit descendant de 92,44 Mbit/s et un débit montant de 42,21 Mbit/s, portés par l’expansion continue des réseaux de fibre optique. Ce chantier est lui aussi en cours d’accélération : Algérie Télécom prépare le basculement de son réseau 4G LTE vers la 5G fixe, avec une date butoir fixée à début 2027 par le ministre de la Poste et des Télécommunications, Sid Ali Zerrouki. Le remplacement progressif du réseau cuivre vieillissant par la fibre optique est en cours dans plusieurs wilayas, avec l’objectif de finaliser cette conversion avant la fin 2026. La 5G fixe est conçue pour compléter la fibre là où son déploiement reste trop coûteux, en particulier dans les zones rurales et périurbaines longtemps délaissées.
Le classement Ookla de mai 2026 est donc moins une surprise qu’une confirmation. Les 68 places gagnées par Alger en huit mois reflètent une conjonction de facteurs : l’activation progressive des premières stations 5G dans la capitale, la densification du réseau 4G existant, et l’effort continu sur la fibre optique pour l’internet fixe. La latence de 18 millisecondes enregistrée sur le réseau mobile est, à cet égard, un indicateur particulièrement significatif — elle témoigne non seulement de la vitesse brute, mais de la stabilité et de la qualité réelle du réseau.
Sabrina Aziouez


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