Hydrogène vert, ressources sahariennes et saumure : L’ADC joue sur trois fronts

La Compagnie algérienne de dessalement de l’eau, filiale de Sonatrach, ne se contente plus de dessaler. Mercredi à Alger, en marge du Colloque national sur le dessalement de l’eau de mer, son directeur du développement Sofiane Zamiche a annoncé trois chantiers nouveaux qui débordent largement le cœur de métier historique de l’entreprise. Il est question de l’hydrogène vert, de la valorisation de la saumure et l’exploitation des eaux souterraines sahariennes. Trois études de faisabilité, trois conventions-cadres en cours de signature et une même logique celle de transformer un opérateur industriel spécialisé en acteur de la transition énergétique et hydrique au sens large.
Le premier chantier, celui de l’hydrogène vert, est encore au stade de l’exploration. L’ADC lancera cette année une étude de faisabilité pour « identifier les modalités optimales de contribution » de l’entreprise à sa production. Zamiche a qualifié le secteur de « prometteur » au regard de son « potentiel stratégique dans la transition énergétique et le développement durable. » La démarche est prudente, mais elle n’est pas anodine, c’est la première fois qu’une filiale du groupe Sonatrach s’engage formellement dans ce segment, en partenariat avec des centres de recherche universitaires. L’Algérie a signé plusieurs accords avec des partenaires européens sur l’hydrogène vert ces trois dernières années, notamment avec l’Italie et l’Allemagne, sans que des projets concrets n’aient encore abouti. L’ADC se positionne en amont, sur la question de la production.
Le deuxième chantier est plus immédiat et plus concret. La saumure, résidu concentré en sel et en minéraux que les stations de dessalement rejettent en mer, pose depuis des années un problème environnemental documenté. L’ADC a déjà conduit une première expérience de caractérisation de la saumure à la station de Corso, dans la wilaya de Boumerdès, pour « identifier les différents minéraux qu’elle renferme », étape qualifiée d’« indispensable » avant toute valorisation industrielle. Une convention-cadre avec l’Observatoire national de l’environnement et du développement durable sera signée prochainement. La suite est claire. Il s’agit de « (…) travailler sur un premier prototype permettant de définir les conditions réelles de valorisation de cette ressource. Parallèlement, des concertations seront engagées avec les opérateurs économiques nationaux afin d’étudier les possibilités de commercialisation des produits qui en seront issus. » La saumure contient notamment du magnésium, du potassium et du lithium selon les sites. Si les concentrations le permettent, l’enjeu industriel peut devenir considérable.
Le troisième axe regarde vers le Sahara. L’ADC s’apprête à signer une convention-cadre avec l’Université d’Ouargla, qui dispose selon Zamiche d’« une base de données exhaustive » sur les ressources hydriques du Sud algérien. L’objectif est de concevoir des systèmes de filtration et de traitement adaptés aux spécificités locales, en exploitant les données disponibles sur la profondeur des nappes phréatiques et les caractéristiques physico-chimiques des eaux fossiles. Ces nappes, notamment le Continental intercalaire et le Complexe terminal, représentent des réserves colossales mais non renouvelables, dont l’exploitation raisonnée est un enjeu de sécurité hydrique à long terme pour les régions du Sud. L’entrée de l’ADC dans ce domaine, jusqu’ici piloté par l’Agence nationale des ressources hydriques, élargit le périmètre d’action de Sonatrach bien au-delà du littoral.
Ces trois annonces s’inscrivent dans un contexte d’accélération du programme national de dessalement. Les usines de Tlemcen, Chlef et Mostaganem, décidées par le président Tebboune dans le cadre du deuxième programme complémentaire, avancent à « cadence soutenue » selon Zamiche. Chacune produira 300 000 mètres cubes d’eau par jour. L’intégration d’installations photovoltaïques sur les sites de production est également en étude, pour réduire une facture énergétique que le dessalement grève lourdement. À titre de référence, une station standard consomme entre 3 et 4 kilowattheures par mètre cube produit.
L’ADC construit, en somme, le profil d’un opérateur industriel intégré : dessalement, énergies renouvelables, valorisation des sous-produits, ressources sahariennes. La trajectoire est cohérente. La vitesse d’exécution, elle, reste à démontrer. R.E

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