Le président de la République Abdelmadjid Tebboune a reçu mercredi les ministres des hydrocarbures du Nigeria et du Niger. Ce n’est pas une audience de courtoisie. Les deux hommes — Ekperikpe Ekpo pour Abuja, Hamadou Tini pour Niamey — venaient de passer la journée à Alger autour de la 5e réunion ministérielle du Comité de pilotage du gazoduc transsaharien, le TSGP, en présence du ministre des Hydrocarbures Mohamed Arkab et des PDG des trois compagnies nationales, Sonatrach, NNPC et Sonidep.
Le ministre nigérian Ekperikpe Ekpo, accueilli dès son arrivée au salon d’honneur de l’aéroport Houari-Boumediene par Mohamed Arkab, n’a pas caché son enthousiasme au sortir de l’audience présidentielle. Venu en compagnie du vice-président exécutif chargé des projets gaziers au sein de la compagnie nationale nigériane NNPC, il a déclaré : «Je suis venu aujourd’hui en ma qualité de ministre d’État chargé des Ressources pétrolières du Nigeria, accompagné du Niger, pour rencontrer le président de la République algérienne. Le ministre algérien hôte nous a entretenus du projet du gazoduc transsaharien, et le président a exprimé son grand intérêt pour ce projet, ainsi que tout ce que le Nigeria peut faire pour en garantir la vision. La Nora — ainsi est-il désigné — sera entièrement achevée.» Il a dans ce sens souligne que le président Tebboune « a exprimé son grand intérêt pour l’achèvement de ce projet »
Ekpo a également insisté sur l’engagement ferme de son gouvernement : «J’ai réaffirmé que le Nigeria fera tout ce qui est en son pouvoir pour garantir la réalisation de ce projet. J’ai confirmé mon engagement et celui du projet Nora, et après cette réunion, nous tiendrons une réunion technique pour renforcer les aspects liés au projet, notamment les aspects commerciaux, afin d’en garantir le lancement et l’exécution.» Puis, martelant la nécessité d’agir vite, le ministre nigérian a lâché ce constat sans détour : «L’histoire montre que le début du travail sur ce projet remonte à 2001, et il n’est pas possible de permettre que cette situation se poursuive en l’état.» «Ce projet permettra de créer des opportunités d’emploi, de fabriquer et de transporter le gaz disponible en quantités énormes au Nigeria vers l’Union européenne à travers le gazoduc, et le succès de ce projet aura un grand impact sur le continent africain», a encore souligné Ekpo, avant de conclure sur une note d’engagement solennel : «Nous sommes totalement engagés à accomplir cela et nous en remercions grandement.»
Le TSGP n’est pas un projet nouveau. L’idée d’un pipeline acheminant le gaz naturel du Nigeria vers l’Europe en traversant le Niger puis l’Algérie existe depuis les années 1970. Elle a resurgi dans les années 2000 dans le cadre du NEPAD, s’est concrétisée en accords-cadres, puis s’est enlisée à plusieurs reprises pour des raisons techniques, financières et politiques. Ce qui a changé depuis 2022, c’est le contexte européen. La rupture avec le gaz russe consécutive à l’invasion de l’Ukraine a brutalement réévalué la valeur stratégique de toute route d’approvisionnement alternative vers le continent. Le TSGP, longtemps traité comme un projet d’avenir lointain, est remonté dans les priorités des trois pays et de leurs interlocuteurs européens.
La réunion de mercredi a permis de passer en revue les résultats de l’étude de faisabilité réalisée par le bureau britannique Penspen, mandaté conjointement par les trois pays. C’est ce rapport technique qui devait, selon les termes de la 4e réunion ministérielle tenue à Alger le 11 février 2025, fournir la base chiffrée nécessaire aux décisions d’investissement. Les délégations ont également évalué le niveau d’exécution de la feuille de route adoptée lors des précédentes réunions tenues à Niamey, Abuja et Alger, et repris les conclusions du mémorandum d’entente signé en février 2025, par lequel les trois pays s’engagent à « poursuivre la coordination et le travail conjoint pour la concrétisation de cet important projet. »
Les chiffres du projet donnent la mesure de l’ambition. Le TSGP doit relier Warri, dans le delta du Niger au Nigeria et à Hassi R’Mel en Algérie sur environ 4 128 kilomètres, dont 1 037 au Nigeria, 841 au Niger et 2 310 en Algérie pour être acheminé vers l’Europe via le réseau de gazoducs transméditerranéens algériens. La capacité de transport envisagée est de 30 milliards de mètres cubes de gaz par an à terme, avec une phase initiale autour de 20 milliards. L’investissement total est estimé entre 13 et 25 milliards de dollars selon les scénarios retenus, les technologies de compression et le schéma de financement. C’est précisément sur ces variables que le rapport Penspen était attendu.
L’enjeu dépasse largement les intérêts immédiats des trois pays signataires. Inscrit dans le cadre du NEPAD, le TSGP ambitionne de repositionner l’Afrique comme fournisseur incontournable d’énergie à l’échelle mondiale, tout en accélérant l’intégration régionale du continent. Dans un contexte mondial marqué par la quête effrénée de diversification des approvisionnements gaziers — particulièrement en Europe — ce pipeline de 4 128 kilomètres représente une réponse africaine souveraine aux équilibres énergétiques en recomposition. Alger s’impose ainsi comme pivot géographique et diplomatique du projet. R.E


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