Graves dépassements dans l’opération d’importation des moutons pour l’Aïd El-Adha : 13 mandats de dépôt sur fond de scandale de corruption

Le procureur général près la Cour d’Alger a animé, samedi soir, une conférence de presse consacrée à des dépassements « graves et considérables » ayant émaillé l’opération d’importation de cheptel ovin destinée à l’Aïd El-Adha, annonçant le placement en détention provisoire de 13 personnes sur un total de 41 mis en cause.

Le magistrat a d’abord rappelé le cadre légal de sa démarche, précisant agir « conformément aux dispositions de l’article 19 du code de procédure pénale, et dans un souci d’éclairer l’opinion publique », le parquet général tenant à informer sur cette opération d’importation des moutons du sacrifice au titre de l’année 2026. Il a souligné que cette opération, décidée en application des orientations des autorités supérieures du pays, poursuivait un objectif social et économique visant à garantir l’abondance du cheptel sacrificiel sur le marché national, à maîtriser les prix et à permettre aux citoyens d’accomplir ce rite religieux dans la dignité, tout en préservant les capacités du cheptel national. Mais, a-t-il averti, « quels que soient la noblesse des objectifs et le montant des sommes engagées, cela ne confère à quiconque, quels que soient sa qualité ou son rang, une quelconque immunité contre les poursuites ». Selon le procureur général, la constatation d’indices sérieux de dérives profondes a conduit le parquet à mobiliser les services de police judiciaire compétents, dont le service central opérationnel de lutte contre la criminalité organisée de la Gendarmerie nationale et le service central de la Sûreté nationale. Les résultats préliminaires ont révélé des irrégularités réparties en deux volets. Sur le plan sanitaire et vétérinaire, la société algérienne des viandes rouges Alviar a importé environ 1.002.332 têtes entre le 25 mars et le 29 mai 2026. Premier indice d’irrégularité constaté, l’inspection vétérinaire du poste frontalier de Béjaïa avait alerté sur des symptômes cliniques évoquant des maladies contagieuses sur le cheptel importé, sans qu’aucune décision de refus motivé ne soit prise en temps voulu. Le directeur général mis en cause a même dépêché une commission de trois vétérinaires, dont deux jugés dépourvus de l’expertise requise, pour justifier artificiellement le déchargement de la cargaison. Résultat : 3.615 têtes sont mortes et 10.727 autres placées sous séquestre sanitaire et n’ont pas pu être commercialisées.

Sur le volet contractuel et financier, le magistrat a évoqué une consultation internationale ayant révélé « des indices sérieux d’entente et de fraude aux règles de la concurrence et des marchés publics ». Des procédures formelles ont, dans un premier temps, servi à donner une illusion de légalité et de régularité de la procédure, avant un basculement vers un gré à gré suspect en contradiction avec les règles de passation des marchés publics. Cette manipulation a permis à un réseau restreint de seulement quatre opérateurs de rafler « la part du lion », soit plus de 700.000 têtes, avec des écarts de prix injustifiés à l’achat des têtes, oscillant entre 5,35 et 6 euros le kilogramme, quand le coût du transport aérien de certains ovins atteignait 900 euros par tête. Des procès-verbaux de commissions d’ouverture et d’évaluation ont également été antidatés pour maquiller la légalité de la procédure, précise le magistrat.

La liste des mis en cause englobe le directeur général d’Alviar, le directeur financier -également président de la commission d’ouverture-, le chef de la cellule vétérinaire, ainsi que plusieurs cadres et responsables commerciaux de l’entreprise. Le dossier des boucles d’oreilles électroniques d’identification a lui aussi révélé des soupçons de fuite d’informations avant l’annonce officielle des marchés, impliquant des gérants de sociétés algérienne et émiratie.

Pour préserver l’instruction, le parquet de la République près le pôle pénal économique et financier a ordonné, à titre conservatoire, une interdiction de sortie du territoire à l’encontre de tous les suspects. Au terme de l’enquête préliminaire, 41 personnes ont été présentées devant le procureur adjoint pour abus de fonction, dilapidation de deniers publics, violation de la réglementation des marchés publics et blanchiment d’argent. Après audition, le juge d’instruction a ordonné le placement en détention de 13 d’entre elles, les autres étant soumises au contrôle judiciaire pour négligence caractérisée.

Le procureur général a conclu en affirmant que ces faits « ne sauraient être réduits à un simple dérapage administratif passager », s’agissant d’« une opération nationale stratégique ayant mobilisé d’importants moyens financiers puisés du Trésor public », et que toute atteinte à cette opération touche directement les deniers publics, la régulation du marché, la sécurité sanitaire et, avant tout, l’intégrité de l’administration et la confiance du citoyen envers ses institutions. Il a assuré que le parquet général « traitera ce dossier avec toute la rigueur et la fermeté requises » et tiendra l’opinion informée de tout développement. Malik Meziane

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