C’est sur le terrain énergétique que la deuxième session de la Grande commission mixte algéro-nigérienne, tenue les 23 et 24 mars 2026 à Niamey, a produit ses résultats les plus concrets et les plus symboliques. Les Premiers ministres Sifi Ghrieb et Ali Lamine Zeine Mahaman ont procédé ensemble à la pose de la première pierre de la « centrale électrique de la solidarité algéro-nigérienne » dans la zone de Gorou Banda, à Niamey. Dans le même temps, une équipe de techniciens de Sonatrach a entamé sur le sol nigérien les relevés techniques relatifs au tracé du gazoduc transsaharien. Deux projets d’envergure différente mais porteurs d’une même ambition : faire de l’énergie le socle d’une intégration régionale concrète entre l’Algérie et le Niger.
La centrale de Gorou Banda, d’une capacité de 40 mégawatts répartis sur deux turbines à gaz de 20 mégawatts chacune, répond à un besoin urgent. Le Niger, confronté à une demande énergétique croissante et à un réseau électrique fragile, dépend largement de ses voisins pour son approvisionnement. Ce projet, décidé sur instruction du président Tebboune dans la foulée de la visite du général Tiani à Alger en février 2026, est réalisé dans le cadre d’un partenariat entre la société algérienne Sonelgaz et la société nigérienne d’électricité Nigelec. Il ne se limite pas à la construction de la centrale elle-même mais comprend également le développement du réseau de transport et de distribution d’électricité, visant à « renforcer la stabilité du réseau et à améliorer la qualité du service afin de répondre à la demande croissante en énergie » au Niger.
Le choix du nom — « centrale de la solidarité » — n’est pas anodin. Il inscrit ce projet dans un registre qui dépasse la simple transaction commerciale pour affirmer une dimension politique et symbolique forte. L’Algérie, puissance énergétique régionale, se positionne comme partenaire de développement auprès d’un voisin sahélien dont les besoins en infrastructures de base demeurent considérables. La veille de la pose de la première pierre, le ministre algérien de l’Énergie Mourad Adjal avait tenu une réunion bilatérale avec son homologue nigérienne pour examiner l’état d’avancement des activités de coopération énergétique, signe que ce dossier fait l’objet d’un suivi technique étroit au-delà des déclarations d’intention.
Mais le projet phare, celui qui concentre les attentes les plus fortes et dont les implications dépassent le cadre bilatéral, reste le gazoduc transsaharien, désigné sous l’acronyme TSGP pour Trans-Saharan Gas Pipeline. Ce pipeline, dont le concept remonte à plusieurs décennies, est destiné à acheminer le gaz nigérian vers l’Europe en traversant le Niger puis l’Algérie. Longtemps resté au stade de projet sur papier, victime des aléas géopolitiques, des contraintes techniques et des hésitations financières, le TSGP semble cette fois entrer dans une phase opérationnelle. La présence sur le sol nigérien d’une équipe de techniciens de Sonatrach chargée de « recueillir les données techniques afférentes au tracé du projet » constitue un signal tangible.
Dans leur communiqué conjoint, les deux parties ont qualifié le TSGP, la route transsaharienne et l’interconnexion par fibre optique transfrontalière de « leviers essentiels de l’intégration économique et de la connectivité régionale », insistant sur « l’importance d’accélérer leur mise en œuvre ». Le Premier ministre Ghrieb a réaffirmé l’engagement commun à faire de ces chantiers « des piliers fondamentaux pour renforcer l’intégration régionale et soutenir le processus de développement de notre continent africain ». Cette rhétorique continentale n’est pas de pure forme : le TSGP, s’il se concrétise, modifierait substantiellement la carte énergétique africaine et les flux gaziers vers l’Europe.
La coopération dans les hydrocarbures a été formalisée de manière plus détaillée par la signature d’un mémorandum d’entente entre le ministre des Hydrocarbures et des Mines Mohamed Arkab et son homologue nigérien Hammadou Tiné. Le texte couvre un spectre large : exploration et production, études géologiques, échange d’informations techniques et scientifiques, modernisation de la raffinerie Soraz, développement du complexe pétrochimique de Dosso, et coordination dans la mise en œuvre du TSGP. Cette dernière mention confirme que le gazoduc est désormais traité comme un projet opérationnel intégré à un écosystème de coopération plus vaste, et non plus comme une perspective lointaine déconnectée des réalités du terrain.
L’enjeu pour les deux pays est considérable. Pour le Niger, ces projets représentent une opportunité de diversifier ses sources d’approvisionnement énergétique, de valoriser ses propres ressources en hydrocarbures et de se positionner comme un corridor de transit stratégique. Pour l’Algérie, ils permettent de consolider son rôle de hub énergétique régional, de renforcer sa profondeur stratégique sahélienne et de crédibiliser sa candidature au statut de fournisseur gazier fiable pour le marché européen. La convergence des intérêts est réelle, et c’est sans doute ce qui explique la rapidité avec laquelle les dossiers énergétiques ont progressé entre la visite de Tiani en février et la commission mixte de mars. R.E




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