Meloni à Alger : l’Italie et l’Algérie renforcent leur alliance stratégique sur l’énergie, l’agriculture et la sécurité régionale

Le Président Abdelmadjid Tebboune et la Première ministre italienne Giorgia Meloni ont affiché mercredi à Alger leur volonté de porter à un niveau inédit le partenariat bilatéral entre les deux pays, avec des avancées concrètes dans l’énergie — notamment l’exploration offshore conjointe entre Sonatrach et Eni —, la mise en valeur de 36 000 hectares de terres désertiques pour la production céréalière et la création prochaine d’une chambre de commerce algéro-italienne, au terme d’entretiens qui ont aussi porté sur les crises au Moyen-Orient, en Libye et au Sahel.

C’est la deuxième visite de Giorgia Meloni en Algérie en moins de quatre ans. La cheffe du gouvernement italien, qui avait fait d’Alger sa première destination bilatérale en Afrique du Nord au début de son mandat, est revenue mercredi pour consolider une relation qu’elle qualifie de « modèle à suivre » et dont elle estime qu’elle n’a « jamais été aussi solide et efficace ». Cette appréciation, formulée lors de la déclaration conjointe à la presse aux côtés du Président Tebboune, traduit le chemin parcouru depuis que l’Italie a fait de l’Algérie la pièce maîtresse de sa stratégie de diversification énergétique post-Ukraine.

L’énergie constitue le socle de cette alliance. Tebboune a réaffirmé « la volonté de l’Algérie de respecter ses engagements en tant que partenaire stratégique et fiable de l’Italie et de l’Europe », dans un contexte marqué par « les défis liés à la sécurité de l’approvisionnement et à la stabilité des marchés internationaux du pétrole et du gaz ». Meloni a précisé les contours de l’approfondissement en cours : Sonatrach et Eni, les deux compagnies nationales, explorent désormais de « nouvelles perspectives telles que l’exploration offshore », un domaine qui pourrait, à moyen et long terme, « renforcer les flux d’approvisionnement en gaz de l’Algérie vers l’Italie ». Au-delà des hydrocarbures conventionnels, la coopération s’étend aux énergies renouvelables, à l’hydrogène vert et aux infrastructures d’interconnexion transméditerranéennes. Meloni a inscrit ces projets dans le prolongement du gazoduc Transmed — qu’elle a rebaptisé « gazoduc Mattei » —, soulignant que « l’énergie est une opportunité et un outil pour parvenir à un développement commun ».

Le Plan Mattei pour l’Afrique, initiative phare de la diplomatie italienne lancée par Rome, a trouvé en Algérie l’un de ses terrains d’application les plus concrets. Tebboune a salué « la dynamique prise par la mise en œuvre des deux projets communs » inscrits dans ce cadre : la production de céréales et de légumineuses dans la wilaya de Timimoun et la création du centre d’excellence algéro-italien Enrico Mattei, « à dimension africaine », dédié à la formation, la recherche et l’innovation agricoles. Meloni a fourni des chiffres précis sur l’avancement du projet agricole : l’initiative public-privé vise à mettre en valeur plus de 36 000 hectares de terres désertiques, et la campagne de semis de 2026 passera de 7 000 à 13 000 hectares mis en production. Un rythme que la Première ministre italienne a qualifié de « soutenu », dans un domaine — la sécurité alimentaire — qui touche à une préoccupation stratégique de premier plan pour Alger.

Sur le plan institutionnel, les deux dirigeants ont annoncé l’accélération des démarches en vue de la création d’une chambre de commerce algéro-italienne, destinée à permettre « aux acteurs économiques d’exploiter les potentialités et les opportunités dont regorgent nos deux pays ». Tebboune a également évoqué le renforcement de la coopération culturelle, scientifique et humanitaire, « afin de consolider les ponts de communication et de rapprochement entre les peuples algérien et italien ».

Les entretiens ont abordé les principales crises régionales et internationales, révélant ce que Tebboune a décrit comme « un rapprochement notable de nos positions sur de nombreux dossiers ». Sur le Moyen-Orient, les deux dirigeants ont souligné « la nécessité de mettre immédiatement fin à toute forme d’escalade et de privilégier le dialogue ». Tebboune a réaffirmé « la condamnation ferme » de l’Algérie face aux violations du droit international humanitaire à Gaza et la nécessité de garantir au peuple palestinien son droit à un État indépendant. Sur la Libye, les deux parties ont réitéré leur soutien à la mission des Nations unies et à l’unité du pays. Sur le Sahara occidental, le communiqué reprend la position algérienne historique en faveur du droit à l’autodétermination du peuple sahraoui, conformément aux résolutions du Conseil de sécurité — une formulation que Rome a acceptée sans réserve publique. Sur le Sahel, Tebboune et Meloni ont exprimé leur « inquiétude face à la situation » et leur « volonté de relever les défis liés à la lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée dans cette région vitale pour l’Afrique et le bassin méditerranéen ».

La coopération sécuritaire a également figuré à l’agenda, avec la lutte contre l’immigration clandestine, la traite des êtres humains et la criminalité transfrontalière — des sujets sur lesquels l’Italie, confrontée à la pression migratoire en Méditerranée centrale, attend d’Alger une coopération renforcée. Pour Meloni, cette visite consolide un axe Rome-Alger devenu central dans la politique étrangère italienne. Pour Tebboune, elle confirme le statut de l’Algérie comme partenaire énergétique et stratégique incontournable sur la rive sud de la Méditerranée, dans un moment où les capitales européennes se bousculent à Alger pour sécuriser leurs approvisionnements et élargir leurs alliances. R.N

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