La visite d’État du président angolais, Joao Lourenço, en Algérie a pris, dès lundi soir, une dimension à la fois politique, économique et mémorielle. Reçu au siège de la Présidence de la République par le président Abdelmadjid Tebboune, le chef de l’État angolais a eu avec son homologue algérien des entretiens consacrés au renforcement d’un partenariat ancien, né des luttes de libération et désormais appelé à s’élargir aux grands défis africains. À l’issue de cette rencontre, le président Tebboune a réaffirmé l’attachement commun de l’Algérie et de l’Angola au renforcement de la paix et de la stabilité sur le continent, ainsi qu’à l’intensification de la coordination face aux menaces partagées. Il a souligné « l’importance du renforcement de la paix et de la stabilité en Afrique et de l’intensification de la coordination pour faire face aux menaces communes, à leur tête le terrorisme et la criminalité organisée, dans le cadre d’une approche africaine fondée sur les solutions pacifiques et la non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats ».
Le chef de l’État a également replacé cette convergence dans le cadre du droit international, en déclarant : « Partant de notre attachement au respect du droit international, nous avons exprimé notre soutien au droit des peuples à l’autodétermination, en l’occurrence les peuples sahraoui et palestinien, conformément aux résolutions onusiennes et à la légalité internationale qui leur garantissent ce droit. » Dans le même esprit, il a salué « le rôle actif de l’Angola, sous la conduite du Président Joao Lourenço, en matière de médiation et de règlement des conflits, notamment en Afrique centrale et dans la région des Grands Lacs », ainsi que les efforts déployés par son homologue durant sa présidence de l’Union africaine.
Sur le plan économique, la visite a été marquée par la signature d’accords couvrant les hydrocarbures, l’agriculture, l’industrie pharmaceutique, les énergies renouvelables, la santé, la numérisation et la formation. Le président Tebboune a insisté sur « l’importance de l’action africaine commune et le soutien au processus d’intégration économique, notamment à travers la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) ». Il a aussi annoncé que « la concrétisation du projet de liaison aérienne directe entre Alger et Luanda constituera l’un des principaux jalons du renforcement des échanges et du rapprochement entre les deux peuples », précisant que l’ouverture de cette ligne interviendra « en juillet de l’année en cours ». Pour Alger comme pour Luanda, cette liaison directe ne sera pas seulement une ligne aérienne : elle symbolisera une Afrique qui se connecte davantage par elle-même.
Le lendemain, mardi, Joao Lourenço a donné à cette visite une portée hautement symbolique devant le Parlement algérien réuni en ses deux chambres au Palais des Nations. Dans son allocution, il a salué le leadership du président Tebboune, estimant qu’il est « devenu le champion de l’Union africaine dans le domaine de la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme ». Le président angolais a ajouté que l’Algérie « déploie des efforts considérables, qu’il convient de saluer, pour trouver des solutions aux problèmes et aux défis auxquels est confronté le continent ».
Revenant sur l’histoire, il a rappelé que « grâce au soutien et à l’appui de l’Algérie, l’Angola est devenu un pays indépendant et souverain », rendant hommage aux anciens présidents Ahmed Ben Bella et Houari Boumediene, qu’il a qualifiés de « personnalités de premier plan en Afrique ». Il a décrit l’Algérie comme « un pays frère et un allié sûr et constant », lié à l’Angola par les souffrances du colonialisme et par une même volonté de défendre la voix africaine. Il a également évoqué les massacres du 8 mai 1945, rappelant combien la mémoire anticoloniale reste un ciment puissant entre les deux peuples.
Sur les enjeux actuels, Joao Lourenço a appelé à définir des priorités communes et à mettre en place « des mécanismes de partenariat efficaces au service du développement et de la stabilité sur le continent ». Il a mis en garde contre les convoitises extérieures, affirmant que l’Afrique « demeure convoitée de l’extérieur » et que « le continent doit s’appuyer sur ses propres capacités et valoriser ses ressources au profit de ses peuples ». Enfin, il a rappelé la contribution algérienne à la création de Sonangol et les 8 000 bourses accordées à des étudiants angolais, signes concrets d’une relation bâtie sur la solidarité, la formation et la souveraineté partagée. A.B


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