La France se prépare à un conflit avec la Russie : réarmement accéléré ou escalade rhétorique ?

Le numéro deux de l’armée de l’air française estime qu’un affrontement avec la Russie sur le flanc oriental de l’OTAN n’est « pas impossible » entre 2028 et 2029, selon un entretien accordé à Politico, tandis que Paris s’apprête à présenter le 8 avril une nouvelle loi de programmation militaire intégrant les enseignements des guerres en Ukraine et en Iran, avec 8,5 milliards d’euros prévus pour les munitions d’ici 2030. Moscou rejette catégoriquement toute intention hostile envers l’Europe et dénonce une rhétorique destinée à justifier la remilitarisation du continent.

La France réarme et ne s’en cache plus. Dans un entretien publié le 30 mars par Politico, le général Dominique Tardif, numéro deux de l’armée de l’air française, livre une vision sans détour de la menace telle que la perçoit l’état-major français. Selon lui, les pilotes français pourraient se retrouver « en première ligne dès le premier jour » en cas de conflit sur le flanc oriental de l’OTAN, notamment parce que les États baltes ne disposent pas de leur propre aviation de chasse et que la Roumanie reste limitée en capacités aériennes. Un scénario qu’il situe dans une fenêtre comprise entre 2028 et 2029, période durant laquelle il juge « pas impossible » que la Russie « teste l’OTAN ».

Cette analyse, rapportée par Politico, intervient alors que le gouvernement français doit présenter le 8 avril une nouvelle loi de programmation militaire qui traduira en choix budgétaires et industriels les enseignements tirés des conflits en cours. Le conflit en Ukraine et la guerre américano-israélienne contre l’Iran ont mis en lumière deux réalités qui bousculent la planification militaire occidentale. La première est le coût insoutenable de l’interception de menaces asymétriques : neutraliser un drone de type Shahed à quelques centaines de dollars avec un missile à plusieurs millions d’euros n’est pas viable dans une guerre d’usure. La seconde est l’épuisement rapide des stocks de munitions, un problème que l’ensemble des armées européennes découvrent avec inquiétude.

Paris entend répondre sur les deux fronts. Selon Politico, la France étudie des solutions moins coûteuses pour neutraliser les drones : tirs depuis des hélicoptères Fennec, roquettes guidées sous Rafale, développement de drones intercepteurs avec les entreprises Alta Ares et Harmattan AI. Certains de ces dispositifs seraient déjà testés au Moyen-Orient. En parallèle, le budget consacré aux munitions devrait atteindre 8,5 milliards d’euros d’ici 2030, avec un élargissement des capacités de production industrielle. Le groupe européen MBDA développe par ailleurs le programme Stratus, destiné à neutraliser les défenses aériennes adverses, tandis que l’armée française travaille sur des drones de combat collaboratifs guidés par intelligence artificielle, conçus pour accompagner des avions pilotés.

Pour le général Tardif, la supériorité aérienne reste l’élément décisif de tout conflit moderne. Sans maîtrise du ciel, estime-t-il, les armées sont condamnées à une guerre d’usure statique, incapables de mener des frappes en profondeur. La France entend donc maintenir ses systèmes de haute technologie tout en augmentant massivement ses volumes de munitions, une équation budgétaire que la prochaine loi de programmation devra résoudre.

Mais cette lecture stratégique n’est pas partagée par Moscou, qui rejette fermement le narratif occidental d’une menace russe imminente contre l’Europe. Vladimir Poutine a qualifié ce récit de « mythe » et de « fabrication absurde ». Le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a répété à plusieurs reprises que la Russie n’avait « absolument aucune raison » d’attaquer l’Europe, assurant que Moscou était même disposée à formaliser juridiquement l’absence de toute intention hostile envers l’Union européenne ou l’OTAN. Pour la diplomatie russe, cette rhétorique belliqueuse ne sert qu’un objectif : légitimer la remilitarisation accélérée de l’Europe et entretenir un climat durable de confrontation qui justifie des budgets de défense en hausse constante. R.I

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