Investir en Algérie : le oui des entrepreneurs, le non de la bureaucratie

Il y a une volonté. C’est la première chose que Souheil Guessoum, président de la Confédération algérienne du patronat citoyen, a tenu à affirmer ce dimanche sur les ondes de la Chaîne 3 de la Radio algérienne. Les entrepreneurs algériens veulent investir. Pas dans quelques années, pas sous conditions hypothétiques, maintenant. Les chiffres de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement le confirment. Les déclarations d’investissement enregistrées sont considérables. L’Algérie a les atouts pour capter les capitaux étrangers et dynamiser ses propres forces productives. Mais entre la volonté et le passage à l’acte, il y a un fossé que personne ne peut ignorer, celui de la bureaucratie.

Guessoum ne mâche pas ses mots. Le foncier, premier obstacle concret sur le chemin de tout investisseur, reste un parcours du combattant. Une plateforme d’octroi existe, certes, mais le transfert des données depuis les wilayas vers cet outil numérique achoppe encore. Le président de la CAPC a une vision claire pour sortir de cette impasse. Confier la gestion du foncier directement à l’AAPI et automatiser intégralement le processus d’attribution via l’intelligence artificielle. Une décision instantanée, transparente, sans intermédiaire humain susceptible de ralentir ou de biaiser le traitement. Ce n’est pas de la science-fiction — c’est ce que font déjà les pays qui attirent massivement les investisseurs.

La digitalisation, il y croit profondément, mais il veut qu’elle soit totale et cohérente. Car aujourd’hui, créer une entreprise en Algérie ressemble encore à un marathon administratif. Le notaire d’abord, puis le registre de commerce, puis la banque pour les frais, puis les impôts. Autant d’étapes qui auraient pu être fusionnées en un seul clic depuis longtemps. « Tout cela doit être dépassé », lâche-t-il avec une franchise qui sonne comme un appel du pied aux décideurs.

Mais l’obstacle qui l’irrite peut-être le plus profondément, c’est l’accès aux devises. Un industriel algérien qui doit acheter une pièce détachée pour maintenir sa chaîne de production ne peut pas se permettre d’attendre. Or aujourd’hui, certains se retrouvent à se retourner vers le marché parallèle, faute d’accès rapide aux devises officielles. C’est une absurdité que le président de la CAPC refuse d’accepter : comment prétendre industrialiser le pays si l’on entrave ceux qui produisent ?

Le message de Guessoum est, au fond, celui d’un optimisme conditionnel. L’Algérie peut y arriver, elle en a les ressources humaines, les ambitions et même les outils naissants. Mais chaque jour de retard sur la simplification administrative est un investissement qui ne se fait pas, une usine qui ne s’ouvre pas, une dépendance aux hydrocarbures qui se prolonge un peu plus. Le sursaut est possible. Il est urgent. R.E

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