Le président angolais João Lourenço est arrivé lundi à Alger pour une visite d’État, accueilli à l’aéroport international Houari-Boumediene par le président Abdelmadjid Tebboune. La scène, très protocolaire, dit pourtant beaucoup d’une relation bilatérale souvent discrète mais structurante : celle de deux capitales qui se connaissent depuis les années des luttes de libération et qui cherchent aujourd’hui à transformer une proximité politique en partenariats économiques plus visibles.
L’Algérie et l’Angola partagent d’abord une mémoire. Au lendemain de l’indépendance algérienne, Alger devenue « la Mecque des révolutionnaires » s’est imposée comme un soutien actif des mouvements africains anticoloniaux, dont le MPLA en Angola face au Portugal. Cette solidarité a laissé un héritage durable : une même sensibilité aux questions de souveraineté, de non ingérence et une lecture vigilante des rapports de force internationaux. Dans les forums africains, les deux pays se retrouvent régulièrement derrière l’idée de « solutions africaines aux problèmes africains », à l’heure où le continent tente d’imposer ses priorités en matière de paix, de gouvernance et de développement.
Mais la visite de João Lourenço s’inscrit aussi dans un moment plus économique. L’Algérie, puissance gazière et pétrolière, et l’Angola, grand producteur pétrolier, ont longtemps pesé dans les équilibres énergétiques africains, y compris dans les coordinations qui ont marqué l’ère OPEP/OPEP+. Même si Luanda a quitté l’OPEP fin 2023, les deux pays restent confrontés au même défi : dépendre encore fortement des recettes d’hydrocarbures tout en accélérant la diversification. Dans un marché mondial volatil, maintenir des canaux politiques ouverts entre producteurs africains demeure un atout, autant pour échanger sur l’investissement que pour défendre des intérêts communs face aux chocs de prix.
L’autre signal, plus concret, se lit dans la connectivité. Alger affiche depuis plusieurs mois une stratégie de projection économique en Afrique : banques, entreprises publiques, exportations hors hydrocarbures et nouvelles liaisons aériennes vers des capitales africaines, dont Luanda fait partie des destinations annoncées. Pour les opérateurs, une liaison directe ne relève pas du symbole : elle raccourcit les distances, fluidifie les missions d’affaires et peut sécuriser, à terme, des chaînes logistiques pour des projets industriels et énergétiques.
Sur le plan géopolitique, l’intérêt est réciproque. L’Algérie est un acteur clé au Sahel et en Afrique du Nord, tandis que l’Angola joue un rôle de stabilisation en Afrique centrale et australe, notamment par la médiation régionale. Le dialogue entre Alger et Luanda, dans un continent exposé aux tensions sécuritaires et aux rivalités d’influence, pèse par sa cohérence : celle d’États qui défendent l’autonomie stratégique africaine tout en cherchant des résultats économiques tangibles.
La visite d’État, qui doit donner lieu à des entretiens bilatéraux au plus haut niveau, apparaît ainsi comme une tentative de faire passer l’axe Alger Luanda d’une fraternité historique à une coopération d’intérêts, plus lisible et plus opérationnelle. Azzedine Belferag




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