L’Afrique réclame sa place dans la gouvernance mondiale : « Le système international actuel injuste » freine le potentiel du continent africain

À Nairobi, lors du sommet Africa Forward organisé cette semaine au Kenya, la question de la réforme de la gouvernance mondiale s’est imposée comme un enjeu central. Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres n’a pas mâché ses mots. « Le continent possède un énorme potentiel, mais ce potentiel est freiné par un système international injuste », a-t-il déclaré mercredi devant les dirigeants africains et européens réunis dans la capitale kényane.

Le chef de l’organisation internationale a dressé un constat sans appel des inégalités qui structurent encore les relations internationales. « Trop souvent, les pays africains doivent vivre avec des décisions prises dans des institutions où ils ne disposent pas d’une voix égale », a-t-il souligné, avant d’ajouter que « cela doit changer ».

Antonio Guterres a pointé du doigt les coûts d’emprunt « exorbitants » imposés à plusieurs pays africains, ainsi que le retard du soutien promis aux États les plus vulnérables face au changement climatique. Des handicaps qui, selon lui, empêchent le continent de réaliser pleinement son potentiel de développement.

Une réforme ambitieuse de l’architecture financière internationale

Pour remédier à cette situation, le secrétaire général de l’ONU a appelé à « des réformes plus ambitieuses de l’architecture financière internationale » et à « davantage d’investissements permettant aux pays de se développer et de se transformer ». Il a plaidé pour des institutions mondiales « reflétant le monde d’aujourd’hui, et non celui d’il y a 80 ans », en référence au système mis en place après la Seconde Guerre mondiale.

« L’Afrique doit avoir la voix, la représentation et les ressources que son peuple mérite », a martelé Antonio Guterres, faisant écho aux revendications portées de longue date par les dirigeants africains pour une refonte du Conseil de sécurité de l’ONU, où le continent ne dispose d’aucun siège permanent.

L’Algérie en première ligne du combat pour la représentation africaine

Cette demande trouve un relais particulièrement actif en la personne du président algérien Abdelmadjid Tebboune, qui considère l’intégration de l’Afrique au Conseil de sécurité comme une « priorité stratégique » et« une réparation nécessaire d’une injustice historique ». Lors du 36e Sommet de l’Union africaine, le chef de l’État algérien a réaffirmé que l’Afrique avait « le droit d’accéder à la qualité de membre permanent au Conseil de sécurité », demandant l’octroi d’au moins deux sièges permanents avec tous les privilèges, y compris le droit de veto, ainsi qu’une augmentation de la représentation non-permanente.

L’Algérie appuie fermement le Consensus d’Ezulwini et la Déclaration de Syrte, qui exigent que l’Afrique soit traitée comme un cas à part dans le processus de réforme du Conseil. Durant son mandat de membre non-permanent du Conseil de sécurité (2024-2025), le président Tebboune a fait de la voix de l’Afrique l’une des principales priorités de la diplomatie algérienne, défendant les intérêts du continent en matière de paix et de sécurité.

Le président algérien insiste sur le principe des « solutions africaines aux problèmes africains », soulignant que le continent doit siéger et participer activement à toutes les résolutions liées à ses propres conflits, en s’opposant aux ingérences étrangères. Dans ce cadre, l’Algérie a lancé le « Processus d’Oran », organisant un Séminaire de haut niveau sur la paix et la sécurité en Afrique pour coordonner les positions africaines sur les questions de réforme de l’ONU. L’Algérie et d’autres pays mènent un combat diplomatique de fond pour une refonte complète de l’ordre international hérité de 1945.

Un soutien européen en quête de crédibilité

Cette demande africaine a trouvé un écho du côté français. Le président Emmanuel Macron, présent à Nairobi aux côtés du président kényan William Ruto, du président mauritanien Mohamed Ould Ghazouani et d’Antonio Guterres, a affirmé que la France soutenait « l’agenda d’une Afrique présente au Conseil de sécurité des Nations unies ».

« Nous défendons cet agenda d’une Afrique présente au Conseil de sécurité des Nations unies », a déclaré le chef de l’État français, estimant que le continent devait bénéficier d’une « meilleure représentation » dans les institutions internationales. Emmanuel Macron a également rappelé le soutien de Paris à l’intégration de l’Union africaine au G20. « L’Afrique n’est pas seulement le continent du futur », conclua-t-il, mais c’est « déjà une puissance et une force dans le monde d’aujourd’hui ».

Encadrer le droit de veto face aux atrocités de masse

Dans cette dynamique de réforme, onze nouveaux États africains ont officiellement rallié mardi l’initiative portée par la France et le Mexique visant à suspendre l’usage du droit de veto au Conseil de sécurité en cas d’atrocités de masse. Cette annonce, intervenue lors du sommet Africa Forward, porte désormais à 118 le nombre total de pays signataires de cette déclaration politique.

« Une étape est franchie pour protéger les peuples du monde contre les atrocités de masse : génocides, crimes contre l’humanité, et crimes de guerre les plus graves », a déclaré le ministre français Jean-Noël Barrot depuis Nairobi. « Nous ne pouvons plus attendre pour rendre à l’ONU son efficacité, qui ne doit plus être entravée par l’usage abusif du droit de veto. J’invite tous les pays qui ne l’ont pas encore fait à nous rejoindre ! », a-t-il ajouté.

L’initiative franco-mexicaine, présentée lors de la 70ème Assemblée générale des Nations unies, propose un « accord collectif et volontaire » parmi les membres permanents du Conseil de sécurité. Ces derniers s’engageraient à ne pas faire usage de leur veto pour bloquer une résolution ayant pour but de prévenir ou de faire cesser des atrocités de masse. Les promoteurs de cette démarche soulignent que le droit de veto « n’est pas un privilège, mais une responsabilité internationale ». A.B

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