Mondial 2026 : Les Fennecs, le défi argentin et une nation en ébullition

À une semaine d’un choc qui s’annonce comme l’un des plus électrisants du premier tour, l’Algérie entre ce jeudi dans sa première Coupe du monde depuis 2014 avec des ambitions affichées, une génération de joueurs confiants et un peuple entier derrière elle. Face à l’Argentine de Lionel Messi, championne du monde en titre, les Verts ne veulent pas seulement exister, ils veulent gagner.

La 23e édition de la Coupe du monde débute officiellement ce jeudi 11 juin 2026 sur les pelouses américaines, canadiennes et mexicaines. Et déjà, un match cristallise toutes les attentions dans le monde arabe, en Afrique et bien au-delà, Algeria contre Argentina, prévu dans une semaine, dans le cadre du groupe J. Ce n’est pas n’importe quelle affiche, c’est un choc de symboles, une rencontre entre le tenant du titre planétaire et une équipe qui a bâti, ces derniers mois, une identité nouvelle sous la houlette de Vladimir Petkovic.
Depuis plusieurs semaines, le ton est donné dans le camp algérien. Loin de l’humilité de façade que l’on prête parfois aux outsiders, les joueurs des Fennecs ont multiplié les déclarations offensives. Rafik Belghali, défenseur de 24 ans évoluant à l’Hellas Vérone, a donné le la, dimanche, lors de la dernière séance d’entraînement au Centre technique national de Sidi Moussa, avant le départ pour Kansas City. « On a bien préparé les deux dernières semaines, l’ambiance est vraiment bien, le groupe fait bien, on s’entraîne fort et on va bien faire », a-t-il déclaré en zone mixte. Puis, au moment d’évoquer l’Argentine, le ton est monté d’un cran. « C’est une équipe comme une autre et on doit la préparer comme une équipe comme une autre. On va tout faire pour gagner. Ce n’est pas parce que c’est l’Argentine qu’on doit avoir peur. On a toutes les capacités pour gagner le match », a-t-il affirmé avec une assurance qui n’a laissé personne indifférent.
Son coéquipier Achraf Abada, défenseur central de l’USM Alger, a emboîté le pas avec des mots qui résonnent comme un manifeste. « La préparation se déroule dans de très bonnes conditions. Tout le monde est conscient de sa responsabilité. On travaille sérieusement, main dans la main. Notre objectif est de rendre fier notre peuple », a-t-il posé en préambule, avant d’aller plus loin. « Face aux Pays-Bas, nous avons sorti un grand match. Tout le monde a vu les grandes qualités de cette équipe. Ce n’était, en fait, qu’un rendez-vous amical. Dans la compétition officielle, nous serons meilleurs. Face à l’Argentine, ce sera bien évidemment difficile. Mais le football se joue sur le rectangle vert. Battre les Argentins n’est pas impossible. Nous serons heureux d’être accompagnés par nos supporters, leur rôle est prépondérant dans nos matchs. »
La victoire en match de préparation face aux Pays-Bas a manifestement libéré les esprits. Elle a confirmé que cette équipe, portée par Riyad Mahrez , « le cadre de notre équipe, il est vraiment important », selon les propres mots de Belghali, n’est plus une simple figurante sur la scène mondiale. Ibrahim Maza, l’un des joueurs les plus attendus, a lui aussi affiché ouvertement l’ambition de s’offrir le scalp de Messi et de l’Albiceleste. Le message est clair, cohérent, collectif.

Messi a entendu et il a répondu

De l’autre côté, les champions du monde ne sont pas restés silencieux. La nuit du 9 au 10 juin, l’Argentine a écrasé l’Islande 3 buts à 0 dans son match de préparation finale, confirmant une dynamique impressionnante, sept succès consécutifs. Entré en jeu à la 70e minute, Lionel Messi, octuple Ballon d’Or, totem d’une génération dorée, a immédiatement pesé sur le jeu, délivrant une passe lumineuse pour provoquer le penalty du 2-0 de Lautaro Martinez. Après la rencontre, la Pulga a lancé un avertissement à peine voilé à tous ses futurs adversaires, Algériens compris. « Soyez sûrs d’une chose, il sera difficile de nous battre car cette équipe est conquérante et affiche un esprit de combativité très fort », a lâché l’ancien Barcelonais. Les jambes ne sont plus celles d’un homme de vingt-cinq ans, certes, mais la patte gauche reste un instrument de précision redoutable. Et la blessure de l’orgueil de 2022, cette défaite initiale face à l’Arabie saoudite qui avait failli faire basculer le Mondial argentin, semble avoir vacciné le groupe à jamais contre toute forme de relâchement. Pour les hommes de Petkovic, l’avertissement est donc double, le danger vient autant du statut de l’adversaire que de sa résilience psychologique. L’Algérie sait à quoi s’en tenir.

Un douzième homme transcontinental

Mais il y a un paramètre que ni les statistiques ni les analyses tactiques ne peuvent quantifier, la puissance du douzième homme. Et sur ce plan, les Fennecs disposent d’un avantage unique. Des rues d’Alger aux banlieues de Lyon, de Marseille à Montréal, de Paris à New York, la diaspora algérienne s’est mobilisée comme rarement dans l’histoire du football national. Les réseaux sociaux ont été envahis ces dernières semaines de vidéos de supporters se préparant à rallier les stades américains, brandissant drapeaux verts et écharpes frappées de l’emblème national. Les vols vers les États-Unis affichaient complet dès les premières semaines de mai 2026, et les communautés algériennes installées outre-Atlantique ont organisé des comités d’accueil pour leurs compatriotes venus spécialement pour l’événement. Dans les cafés d’Alger et de Constantine, les écrans géants sont déjà réservés pour chaque match. La Coupe du monde 2026 est vécue comme une fête nationale avant même que le coup d’envoi du premier match algérien ne soit donné. Les supporters ne font pas que suivre leur équipe, ils la portent, ils la chauffent, et les joueurs le savent. Abada l’a dit sans détour, évoquant le rôle « prépondérant » des fans dans les performances de l’équipe. Car cette équipe joue aussi pour eux, comme l’a rappelé Belghali avec des mots simples et sincères, « On va tout donner, pour vous, pour nos familles et pour rendre fière toute l’Algérie. C’est ça notre objectif. »
Au-delà du choc inaugural face à l’Argentine, le groupe J recèle d’autres enjeux. L’Algérie affrontera également la Jordanie et, lors de la troisième journée, le 28 juin, à Kansas City, l’Autriche. Cette dernière confrontation a déjà alimenté des spéculations nourries dans la presse sportive française et algérienne, certains analystes de RMC Sport n’hésitant pas à évoquer un scénario paradoxal où les deux équipes pourraient, selon les circonstances de classement, ne pas avoir intérêt à gagner, évitant ainsi d’affronter l’Espagne en huitièmes de finale. Une théorie aussitôt balayée avec fermeté par les observateurs algériens, qui rappellent que l’équipe nationale n’a jamais, dans toute son histoire, recouru à de telles pratiques. Le souvenir douloureux de 1982, quand l’Algérie avait été éliminée par le fameux « match de la honte » entre l’Allemagne et l’Autriche malgré deux victoires dans le groupe, rend une telle éventualité proprement inconcevable côté algérien. Les Verts aborderont chacun de leurs trois matchs pour les gagner, sans calcul ni renoncement.
Le Mondial 2026 qui s’ouvre, dans une semaine, à Kansas City sera peut-être le théâtre d’un séisme footballistique, ou pas. Mais une chose est certaine, l’Algérie y sera debout, sans peur, et avec tout un peuple dans les tribunes et devant les écrans. Moncef D.

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