Enjeux de la nouvelle politique énergétique de l’Algérie


Abderrahmane Mebtoul

Professeur des universités, expert international, ancien directeur des études au ministère de l’Énergie et à la Sonatrach et président de la commission transition énergétique de la société civile des 5+5 + Allemagne 2019/2020.

Lors du conseil des ministres en date du 7 janvier 2024, a été un exposé présenté sur le projet de réalisation de la nouvelle raffinerie de Hassi Messaoud. Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a alors souligné « l’importance économique du projet et a instruit le gouvernement à accélérer la réalisation pour entamer l’exploitation dans le cadre du renforcement de la production nationale en essence et gasoil, tout en s’orientant vers leur exportation, ainsi que de définir une nouvelle politique énergétique ».

1-Sonatrach dispose de cinq raffineries de pétrole brut d’une capacité de traitement de 25 millions tonnes par an et d’une raffinerie de condensat d’une capacité de traitement de 5 millions tonnes par an. Lors du Conseil des ministres en date du 07 janvier 2024 a été décidé de relancer le projet de la raffinerie de Hassi Messaoud. En janvier 2020, le groupe Sonatrach avait signé un contrat avec un groupement composé de Tecnicas Reunidas (Espagne) et Samsung Engineering (Corée du Sud) pour la réalisation d’une raffinerie de pétrole au niveau de Haoud El Hamra à Hassi Messaoud. Plus précisément, selon les données de Sonatrach, la raffinerie aura spécifiquement vocation à produire sept produits à la norme Euro 5: propane (127 000 tonnes par an), butane (180 000 tonnes/an), essence NO 95 (352 000 tonnes/an), essence NO 91 (1 373 000 tonnes/an), kérosène (228 000 tonnes/an), gasoil (2 659 000 tonnes/an) et bitume (134 000 tonnes/an). Ce contrat, d’un montant de 440 milliards de DA (quelque 3,3 milliards de dollars au cours de 137 dinars un dollar ), portait sur la réalisation d’une raffinerie de pétrole brut à conversion profonde d’une capacité de 5 millions de tonnes/an. Le projet devait être exécuté en EPC dans un délai de 52 mois et la livraison du projet était prévue en mars 2024, avec deux ans de garantie, soit mars 2026 pour la réception finale. Mais entre temps est survenu un conflit lié notamment relatif au projet Touat Gaz en où Tecnicas Reunidas avait été sélectionné en 2013 pour concevoir et construire une usine de traitement de gaz naturel pour un coût de 1,1 milliard de dollars US, le projet accusant 3 années de retard et la facture finale avait dépassé les 1,3 milliard de dollars US, Technicas Reunidas ayant été accusé par Sonatrach et ses partenaires étrangers de manquer à ses obligations contractuelles, le dossier étant transféré à l’arbitrage international. Pour compenser ses éventuelles pertes dans le litige autour du projet de Touat Gaz, Técnicas Reunidas réclame depuis fin 2023 des avances onéreuses à Sonatrach ce qui va contraindre la compagnie algérienne à réévaluer le coût final de la raffinerie de Hassi Messaoud à plus de 4 milliards de dollars US, une perspective que refuse catégoriquement » Selon le quotidien Confidentiel espagnol , le groupe Sonatrach a exigé la somme de 852 millions d’euros, montant de 90 millions d’euros auparavant et dans la même affaire en novembre 2023, la somme de 760 millions d’euros supplémentaires pour « manque à gagner » dans ce projet, ce qu’a rejeté la partie espagnole se plaint, du fait que la somme réclamée par la compagnie algérienne est dix fois supérieure aux 80 millions d’euros demandés par cette même entreprise au consortium, au début de cet arbitrage et donc ayant décidé de recourir à nouveau à l’ arbitrage International alors qu’il est souhaitable dans l’intérêt des deux parties de régler rapidement ce conflit commercial à l’amiable.

2- En 2022, environ 52% des produits issus des raffineries sont destinés pour couvrir les besoins du marché national, notamment en GPL, Essence, Gasoil et Lubrifiants, le reste de la production des raffineries est destiné à l’export comme le Naphta, le Fuel-oil et les Aromatiques. La consommation nationale de carburant s’est élevée à près de 17,7 millions de tonnes en 2022, soit une hausse de 3% par rapport à l’année 2021, devant atteindre les 41 millions de tonnes en 2050, avec une hausse de 3 millions de tonnes par an. La consommation de diesel a atteint 10,1 millions de tonnes en 2022, soit une hausse de 4% par rapport à 2021 alors que la production de diesel est de 9 millions de tonnes par an, la production devant être portée à 12,5 millions de tonnes à l’horizon 2030. Avec l’entrée en production du projet de transformation du fioul en diesel à Skikda en 2028, la production devrait être de près de 4 millions de tonnes.
Pour ce qui est de l’essence, la consommation a baissé de 2,26% à 3,3 millions de tonnes en 2022, contre 3,4 millions de tonnes en 2021 du fait de l’accroissement de la consommation du GPLc qui devrait atteindre 6,8 millions de tonnes d’ici 2050, la capacité de production de ce carburant étant estimée en 2022 à 4 millions de tonnes par an, la consommation du GPL, selon le président de l’ARH étant de 1,5 million de tonnes en 2022, contre 1,2 million de tonnes en 2021. S’agissant de la consommation du kérosène, elle a atteint 468.000 tonnes en 2022 contre 297.000 tonnes en 2021, soit une hausse de 58%, la consommation du carburant marin étant de 219.000 tonnes . La consommation du butane et du propane a été de 1,34 million de tonnes en 2022 et la consommation du bitume 619.000 tonnes en 2022, en baisse de 20%.Certes, une très forte baisse des carburants qui parfois ne couvrent pas les coûts (exemple Sonelgaz pour l’électricité),mais devant être réaliste, le revenu moyen de l’Algérien étant environ 20% de celui de l’européen, d’où la nécessité de revoir leur marge commerciale, en appliquant le système des subventions directes au profit des catégories sociales et ménages à faible et moyen revenus ainsi que transitoirement pour des segments inducteur de valeur ajoutée ( étude réalisée sous la direction du professeur Abderrahmane Mebtoul assisté des cadres de Sonatrach et du bureau d’études américain Ernst & Young 8 volume 890 pages, MEM Alger, pour une nouvelle politique des carburants, dossier présenté d dossier aux députés APN axée sur une politique des subventions ciblées pour les carburants) Cette politique des carburants implique donc à l’avenir tant aux opérateurs économiques, aux institutions de l’Etat central et local et aux citoyens de rationaliser leur consommation, en vue d’économiser et d’exporter ce carburant vers les marchés extérieurs pour générer des devises qui profitent à l’économie nationale
3. Sonatrach dans le cadre du Mix énergétique entend axer sa politique sur la diminution des gaz torchés, la réduction de l’empreinte carbone, être un acteur efficace au sein de la chaîne des valeur internationales de l’ensemble des énergies Les prévisions du ministre algérien de l’énergie en ce mois de mai 2024, et du PDG de Sonatrach, contrairement à certaines supputions de certains soi disant experts annonçant 2026, sont réalistes selon lesquelles qu’entre 2028/2030 , une production de 200 milliards de mètres cubes gazeux. C’est que les prévisions de Sonelgaz prévoient 80 milliards de mètres cubes gazeux pour la consommation intérieure du fait de la forte pression démographique , plus de 50 millions d’habitants en 2030 et bon nombre de secteurs nouveaux consommateur d’énergie , et 100 entre 2035/2040, mais devant injecter 20% soit 20 milliards de mètres cubes gazeux dans les puits pour éviter leur épuisement. Cela annonce des perspectives prometteuses pour l’économie gazière en Algérie , volume qui pourrait entre supérieur si on réalise le gazoduc Nigeria -Algérie d’une capacité de 33 milliards de mètres cubes gazeux /an, et sous réserve d’un dialogue social et de la protection de l’environnement l’exploitation du gaz de schiste dont l’Algérie est le troisième réservoir mondial ,une réserve de 19500 milliards de mètres cubes gazeux. A cela s’ ajoute, outre les énergies traditionnelles dont le récent mémorandum avec le groupe Exxon Mobil,(mai 2024) et des mémorandums ou contrats avec des groupes de renom français, italiens , allemands , chinois, russes, des contrats pour le développement des énergies renouvelables et de d’hydrogène. Avec un ensoleillement de 3000 heures de soleil par an), l’objectif est d’ atteindre 35 % de la couverture des besoins intérieurs 2030/2035 avec une partie exportable de 10.000/11.000 MW ( source Ministère Energie ) grâce aux interconnexions ainsi que le développement hydrogène vert et bleu 15% de la couverture des besoins de l’Europe horizon 2035, mais n’oublions pas également l’hydrogène blanc, un montant d’investissement entre 25/30 milliards de dollars ayant été dégagé par le gouvernement algérien. Les recettes de Sonatrach , sous réserve de ces hypothèses, ne devant pas confondre chiffre d’affaires et profit net devant soustraire les coûts, pourrait s’accroître de 30 à40% horizon 2030 , et à prix constant 2023, allant vers 80/100 milliards de dollars/an.
En conclusion, selon la majorité des observateurs internationaux, l’Algérie peut devenir un acteur majeur d’approvisionnement en énergie de l’Europe, 2e fournisseur avec 19% en 2023 , grâce à un partenariat gagnant – gagnant et couvrir facilement plus de 30/40% des besoins de l’énergie de l’Europe horizon 2030/2040. Cependant l’objectif stratégique est d’éviter de dépendre d’une ressource éphémère ce qui suppose que les recettes des hydrocarbures permettent d’asseoir une économie diversifiée dans le cadre des avantages comparatifs mondiaux ce qui renvoie aux deux fondamentaux du développement du XXIème siècle , la bonne gouvernance et la valorisation du savoir.
ademmebtoul@gmail.com

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