Fraudes dans les opérations d’import-export : Tebboune hausse le ton !

Une décision concrète a été actée : la création d’une carte de l’exportateur et de l’importateur, un document nominatif qui regroupera l’ensemble des données relatives à son détenteur.

Il ne s’agit plus d’avertissements. Lundi, le président de la République Abdelmadjid Tebboune a présidé une réunion de travail consacrée au secteur du commerce, à la protection de la production nationale et à la régulation des importations — avec un point dur au cœur de l’ordre du jour : mettre fin à la réexportation de produits importés sous couverture d’exportations algériennes. À l’issue de cette réunion, une décision concrète a été actée : la création d’une carte de l’exportateur et de l’importateur, un document nominatif qui regroupera l’ensemble des données relatives à son détenteur. Un outil de traçabilité qui a pour objectif de changer la donne dans un secteur où la fraude a longtemps prospéré dans l’opacité.
Le signal envoyé depuis la présidence de la République est politique autant qu’économique. En inscrivant personnellement à son agenda la question de la réexportation de marchandises importées — une pratique qui consiste à faire passer des produits étrangers pour des exports algériens afin d’en tirer des devises — Tebboune confirme que le sujet remonte désormais au niveau le plus élevé de l’État. Ce n’est pas la première fois qu’il tire la sonnette d’alarme. En avril dernier, lors d’une rencontre avec des opérateurs économiques, le chef de l’État avait déjà regretté que l’Algérie soit passée « de la surfacturation des importations ces deux dernières décennies à la sous-facturation des exportations », citant l’exemple des dattes algériennes exportées à un prix dérisoire, nettement inférieur à leur valeur sur le marché national. Une pratique qui, comme la surfacturation à l’import, a pour finalité de constituer des réserves de devises à l’étranger — hors de tout contrôle de la Banque d’Algérie.
La démarche s’inscrit dans un effort de longue haleine. En 2022, après une vaste opération d’assainissement, l’Algérie avait réduit le nombre des importateurs de 43 000 à 13 000. Des tentatives de fraude ont néanmoins continué à être enregistrées, contraignant les autorités à multiplier les dispositions réglementaires au fil des mois. Depuis la mise en place, en juillet 2025, du Programme prévisionnel d’importation (PPI) par le ministère du Commerce extérieur, le dispositif a fait l’objet de nombreuses mises à jour via des notes et des précisions successives.

Une fraude à géométrie variable

Ce que la réunion de lundi cherche à endiguer est en réalité un phénomène protéiforme. D’un côté, certains opérateurs surfacturent les produits importés pour transférer illégalement des devises vers l’étranger, tandis que d’autres sous-facturent pour éviter de payer impôts et taxes en Algérie. De l’autre, une catégorie d’opérateurs use d’un montage plus élaboré : importer des marchandises sous le régime de l’importation pour besoins propres — bénéficiant ainsi de droits de douane réduits — pour ensuite les revendre à d’autres entreprises, ces matières premières dont les droits de douane sont fixés à 5 % étant utilisées par des entreprises pour produire au noir et cacher une partie de leur activité au fisc. La réexportation de produits importés sous couverture de l’export algérien constitue un troisième niveau de fraude, particulièrement dommageable pour l’image du pays : elle gonfle artificiellement les statistiques d’exportations hors hydrocarbures, fausse la lecture des performances économiques et capte des aides ou avantages fiscaux destinés aux vrais exportateurs.

Un outil de traçabilité

La réponse décidée lors de la réunion présidentielle est pragmatique : une carte nominative, regroupant toutes les données relatives à son détenteur, assignée à chaque importateur et exportateur actif. L’idée n’est pas nouvelle dans son principe — les douaniers et les services fiscaux disposent déjà de bases de données sur les opérateurs — mais sa mise en œuvre systématique permettrait de croiser les informations en temps réel et de détecter les incohérences entre les flux déclarés à l’import et les volumes présentés à l’export.
Cette mesure s’ajoute à un arsenal qui s’étoffe depuis plusieurs mois. La Banque d’Algérie a récemment exigé des banques commerciales de lui transmettre presque en temps réel toutes les données des domiciliations bancaires, avec obligation de transmettre un fichier numérique récapitulatif au plus tard un jour après la validation de chaque pré-domiciliation. Un suivi rapproché qui vise à couper les circuits de transfert illicite de devises à la source.
Au-delà de la lutte contre la fraude, c’est la cohérence de la stratégie de diversification économique qui est en jeu. Les exportations hors hydrocarbures de l’Algérie ont triplé entre 2017 et 2023, selon la Banque mondiale — une performance dont Alger tire légitimement fierté. Mais si une partie de cette progression repose sur des exportations fictives ou gonflées artificiellement, la crédibilité de l’ensemble de l’édifice statistique s’en trouve fragilisée.
La carte de l’exportateur et de l’importateur ne réglera pas tout cela d’un coup. Mais le fait que le président de la République en personne préside une réunion de travail dédiée, nomme le problème et ordonne une mesure identifiable envoie un message que les opérateurs, honnêtes ou non, ont bien compris : désormais, c’est tolérance zéro. Amar Malki

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