Retailleau contre l’Algérie : quand l’extrémisme se drape dans le tricolore

Bruno Retailleau, président des Républicains et ex ministre de l’Intérieur, a accordé au Journal du Dimanche un entretien au vitriol contre la politique algérienne d’Emmanuel Macron, révélant une vision de la relation franco-algérienne fondée sur le rapport de force, la condescendance et une lecture para-coloniale des rapports entre les deux pays. Derrière le vernis républicain et les grandes déclarations sur la « fierté française », se dessine en réalité un discours qui flirte dangereusement avec les fantasmes de l’extrême droite et instrumentalise la question algérienne à des fins de politique intérieure. Le patron des Républicains qui en campagne a fait de l’Algérie son thème de propagande électorale. Le point de départ de la sortie de Retailleau est le terme « mabouls » employé par Emmanuel Macron pour qualifier ceux qui « voudraient se fâcher avec l’Algérie ». Le chef de file des Républicains y voit « une perte de sang-froid » et « un mépris ». Soit. Mais que penser alors de sa propre rhétorique, qui consiste à qualifier la relation diplomatique entre deux États souverains d’« abdication de la fierté française » ? Le registre émotionnel et guerrier qu’il mobilise systématiquement révèle moins une vision d’État qu’une posture électorale destinée à séduire un électorat sensible aux sirènes du nationalisme identitaire.

Sur le fond, ses arguments s’effondrent à l’examen. Retailleau accuse les autorités algériennes d’entretenir « une hostilité permanente envers la France pour masquer ses échecs », une affirmation aussi péremptoire qu’invérifiable, qui consiste à nier toute légitimité aux griefs historiques d’un peuple qui a subi cent trente-deux ans de colonisation, de spoliation et de violence d’État. Réduire la complexité des relations mémorielles franco-algériennes à une manipulation politique d’Alger, c’est précisément adopter la posture de celui qui refuse d’entendre ce qu’il ne veut pas voir. La qualification par Macron en 2017 de la colonisation de « crime contre l’humanité » n’est pas une « repentance » coupable, comme le suggère Retailleau, mais un acte de vérité historique que la grande majorité des historiens valident.

L’argumentaire sur les médecins algériens dans les hôpitaux français est particulièrement révélateur de la duplicité du discours. Retailleau balaie d’un revers de main la réalité documentée : des milliers de praticiens à diplômes étrangers, dont une part significative d’Algériens, font tourner le système hospitalier français, notamment dans les déserts médicaux que sa famille politique a contribué à créer en s’opposant durant des années aux politiques de santé publique. Les qualifier de « faux prétexte » pour ne pas expulser des ressortissants algériens sous OQTF, c’est instrumentaliser la misère administrative pour nourrir une rhétorique de l’exclusion.

Sa proposition de conditionner la délivrance de visas à la reprise des OQTF, et sa volonté de dénoncer l’accord franco-algérien de 1968, qu’il juge « profondément déséquilibré et totalement anachronique », s’inscrivent dans une logique punitive qui traite l’Algérie non pas comme un partenaire souverain mais comme un État-client qui devrait se soumettre aux injonctions de Paris. Cette vision néocoloniale de la coopération, enveloppée dans le vocabulaire de la « réciprocité », est précisément ce que les opinions publiques des deux rives de la Méditerranée rejettent. « La France doit être respectée et les Français protégés », conclut-il sentencieusement. Mais le respect, précisément, ne se décrète pas. Il se construit dans la reconnaissance mutuelle, non dans le rapport de domination que Retailleau appelle de ses vœux. Azzedine Belferag

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