Tissemsilt : une usine confisquée renaît

Dans l’univers souvent opaque des biens mal acquis et des actifs confisqués, une page concrète s’est tournée dimanche à Tissemsilt. Une unité de production de liquides d’entretien automobile, récupérée en vertu d’une décision judiciaire définitive, a officiellement changé de mains pour intégrer le giron public. Le procès-verbal de remise a été signé entre le président-directeur général d’Enad, société du groupe des détergents, et le directeur des Domaines de l’État de la wilaya, en présence du PDG du Holding algérien des spécialités chimiques, l’ACS, indique un communiqué du ministère de l’Industrie.

Loin d’être anecdotique, cette opération s’inscrit dans une stratégie plus vaste voulue au plus haut niveau de l’État. Selon le communiqué ministériel, cette démarche poursuit « les efforts de la société holding algérienne des spécialités chimiques visant à valoriser les actifs récupérés et à les réintégrer dans le cycle économique national, conformément aux orientations du président de la République, Abdelmadjid Tebboune ». L’objectif affiché est clair, transformer ce qui était hier un symbole de détournement en outil de production au service de l’économie nationale.

Il ne s’agit d’ailleurs pas d’un coup d’essai. Le ministère précise que cette opération constitue la quatrième du genre dans le processus de récupération des actifs confisqués en vertu de décisions judiciaires définitives par la société holding. Cette régularité témoigne d’une volonté politique de ne pas laisser ces biens dormir dans les limbes juridico-administratifs, mais de les faire revivre dans le tissu productif algérien. Le communiqué qualifie d’ailleurs cette étape de « nouvel acquis industriel » pour le Holding ACS, qui renforce ainsi son portefeuille dans le secteur des détergents et produits chimiques.

Cette usine de liquides d’entretien automobile rejoint donc le groupe Enad, spécialisé dans les détergents, ce qui témoigne d’une logique industrielle cohérente. Plutôt que de disperser les actifs récupérés au gré des opportunités, les pouvoirs publics semblent privilégier leur intégration dans des ensembles sectoriels déjà structurés, capable de les faire fructifier.

Au-delà du cas particulier de Tissemsilt, le ministère de l’Industrie a tenu à rappeler sa détermination à poursuivre « les opérations de récupération et de relance des actifs industriels confisqués dans le cadre de la politique de l’État visant à exploiter ces biens et à les intégrer dans des projets productifs à valeur ajoutée ». L’ambition affichée est multiple, soutenir la production nationale, réduire la dépendance aux importations et créer des richesses et des emplois, tout en renforçant la compétitivité des entreprises nationales.

Cette philosophie de récupération et de valorisation s’inscrit dans un contexte plus large de lutte contre la corruption et de réappropriation par l’État des biens détournés. Mais elle va au-delà de la simple sanction. Il s’agit de transformer une perte en gain, de faire en sorte que ce qui a été soustrait à la collectivité lui revienne sous forme d’activité économique créatrice de valeur. Dans le secteur des liquides d’entretien automobile, segment encore largement tributaire des importations, l’apport de cette nouvelle unité de production au sein d’Enad pourrait contribuer, même modestement, à renforcer la souveraineté industrielle du pays.

Reste à voir si cette usine, dont on ne connaît ni la capacité de production ni l’état actuel des équipements, pourra être rapidement opérationnelle. L’expérience montre que la récupération judiciaire d’un actif industriel n’est que la première étape. Encore faut-il investir, moderniser, former du personnel et trouver des débouchés commerciaux. Mais avec son intégration dans un groupe déjà structuré comme Enad, cette unité de Tissemsilt dispose a priori des meilleures chances de renaître véritablement. Une victoire symbolique et économique pour l’Algérie. A.B

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