Journée de l’Afrique : L’Algérie revendique son rang de puissance continentale

À l’occasion de la Journée mondiale de l’Afrique célébrée le 25 mai, le ministre d’État chargé des Affaires étrangères Ahmed Attaf a dressé dimanche depuis le siège de son département ministériel un bilan sans fard de la politique africaine de l’Algérie — et un plaidoyer appuyé pour une Afrique qui parle d’égal à égal avec le reste du monde. Chiffres à l’appui, dossiers politiques passés en revue, crises continentales abordées une à une : le discours du ministre a eu la densité d’un exposé de doctrine autant que celle d’un compte rendu d’action.

Le point de départ est politique et philosophique. Attaf a rappelé que cette journée constitue une étape pour ressaisir le projet politique, stratégique et civilisationnel qui unit les États et les peuples africains depuis la fondation de l’Organisation de l’unité africaine. Ce projet, a-t-il résumé, repose sur l’émancipation, la construction des États nationaux et la consolidation du rang de l’Afrique « comme partenaire et non comme dépendante, comme initiatrice et non comme réceptrice, comme acteur responsable sur la scène internationale, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs que les autres ». La formule est travaillée. Elle dit quelque chose de la posture que l’Algérie entend occuper : non pas le grand frère qui distribue des leçons, mais la puissance africaine qui réclame sa part de souveraineté collective.
La traduction concrète de cet engagement, le ministre l’a déclinée en plusieurs registres. Sur le plan diplomatique d’abord : le réseau d’ambassades algériennes en Afrique est passé de 29 à 38 représentations après l’ouverture de neuf nouvelles missions au cours des dernières années. En miroir, quatre pays africains ont ouvert leur ambassade à Alger, et quatre autres s’apprêtent à faire de même. La connectivité aérienne a suivi la même courbe : Air Algérie dessert désormais 12 destinations africaines contre « quelques destinations qui se comptaient sur les doigts d’une main » il y a peu, avec un objectif annoncé de 20 destinations « dans un avenir proche ». En matière de formation, l’Algérie a porté sa contribution annuelle de 5 000 à 8 000 bourses destinées aux jeunes du continent, couvrant l’enseignement supérieur, la formation professionnelle et la formation technique.
Sur le terrain économique, Attaf a insisté sur l’engagement de l’Algérie « par conviction et avec une rigueur absolue » en faveur de l’intégration continentale. Les projets structurants cités sont connus mais leur rappel n’est pas anodin : la Route transsaharienne, le gazoduc transsaharien reliant le Nigeria à l’Europe via l’Algérie, et à présent l’étude d’extension du réseau ferroviaire algérien vers les pays du Sahel. À cela s’ajoute un chiffre que le ministre a tenu à mettre en avant : la quatrième édition du Salon de commerce interafricain organisé à Alger a débouché sur la conclusion de contrats pour un montant total de 23 milliards de dollars. La place d’Alger comme carrefour commercial africain n’est plus seulement un objectif déclaré.

Sahara occidental, Libye et Sahel

Le volet politique du discours a été tout aussi nourri, et sur certains dossiers, Attaf a pris soin de préciser la position algérienne avec une exactitude qui ne laisse guère place à l’interprétation. Sur le Sahara occidental, le ministre a estimé que les développements récents du dossier « confirment le bien-fondé de ce que l’Algérie a réclamé et poursuivi pendant cinq décennies » — à savoir l’organisation de négociations directes entre le Maroc et le Front Polisario. Il s’est dit favorable au processus de négociation lancé début 2026 sous l’égide conjointe des Nations unies et des États-Unis, tout en conditionnant son issue à un règlement « juste, durable et définitif » garantissant au peuple sahraoui son droit à l’autodétermination conformément aux résolutions onusiennes. La formule ne cède rien sur le fond.
Sur la Libye, Attaf a réaffirmé le soutien de l’Algérie aux efforts des Nations unies en faveur d’un règlement politique, en soulignant que « les diverses initiatives internationales à cette étape doivent contribuer à soutenir les efforts onusiens » — sous-entendu : ne pas les court-circuiter. Concernant le Mali et le Sahel, le ministre a appelé toutes les parties à « privilégier la logique du dialogue et la voie d’un règlement politique global et inclusif, préservant l’unité de l’État malien et son intégrité territoriale ». Pour le Soudan, il a réclamé le recours à la raison et à l’esprit de responsabilité, désignant la fin des ingérences étrangères comme « une exigence incontournable ».
Sur la Palestine, le ministre n’a pas usé de circonlocutions. Il a dénoncé « les crimes perpétrés par l’autorité israélienne d’occupation à Gaza et en Cisjordanie », les qualifiant de partie d’un projet visant « à éliminer toute perspective d’établissement d’un État palestinien ». Il a par ailleurs salué les efforts de médiation pakistanaise ayant contribué à la consolidation du cessez-le-feu dans la région du Golfe, et renouvelé la solidarité algérienne avec les pays arabes affectés par les retombées de la crise.
En clôture, Attaf a commenté le choix fait par l’Union africaine de consacrer l’année 2026 à la durabilité de l’eau, y voyant le reflet d’une « prise de conscience croissante que la question de l’eau n’est plus seulement un enjeu environnemental ou de développement, mais est devenue intrinsèquement liée à la paix, à la sécurité et à la stabilité en Afrique et dans le monde ». Formulation sobre, mais le message est là : l’Algérie entend peser dans les débats qui définissent l’agenda africain, et pas seulement y participer. Lyes Saïdi

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