Alger a renoué, ce lundi, avec l’un de ses projets les plus anciens et les plus tenaces. La 77e session du Comité de liaison de la Route transsaharienne (CLRT) a réuni à l’École supérieure de management des travaux publics les représentants des six pays traversés par cette artère continentale, pour deux jours de travaux consacrés à un projet né dans les premières heures des indépendances africaines et qui, six décennies plus tard, continue de porter en lui l’une des ambitions les plus sérieuses du continent.
Le ministre des Travaux publics et des Infrastructures de base, Abdelkader Djellaoui, a ouvert les débats avec une déclaration qui ne laissait aucun doute sur la posture algérienne. « L’Algérie joue un rôle de premier plan dans ce projet continental, auquel elle a adhéré dès les premières années de son indépendance, partant de sa profonde conviction quant à la nécessité de concrétiser et de promouvoir l’intégration africaine à travers le développement des échanges commerciaux et l’interconnexion des pays concernés », a-t-il affirmé devant l’assemblée. Une conviction ancienne, certes, mais que les actes récents sont venus étayer avec une intensité nouvelle.
Car ce qui a changé, c’est le passage de la parole aux chantiers. Le ministre a rappelé que le projet de la Transsaharienne « s’inscrit au cœur de la vision du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, vis-à-vis des questions africaines, basée sur l’approfondissement de la coopération et la promotion des outils de développement ». Cette vision se traduit aujourd’hui par des engagements très concrets : des entreprises algériennes sont en cours de déploiement pour réaliser deux tronçons de la route sur le territoire tchadien, sur instruction directe du chef de l’État. Des mémorandums d’entente ont par ailleurs été signés récemment avec le Niger, portant sur le renforcement de l’échange d’expertises dans le domaine des travaux publics, afin d’accélérer le rythme de réalisation et de consolider le processus d’intégration continentale.
Mais la grande nouveauté de cette session, c’est la mutation conceptuelle du projet lui-même. La Transsaharienne ne se pense plus seulement comme une route. Elle se pense comme un corridor. Djellaoui a été explicite sur ce point, réitérant le plein soutien de l’Algérie aux efforts visant à transformer ce projet en « un corridor économique efficace et intégré, selon une nouvelle approche globale intégrant divers domaines névralgiques tels que les routes, les chemins de fer, la fibre optique, les réseaux énergétiques et les services logistiques ». Une infrastructure totale, pensée pour irriguer des territoires entiers plutôt que de simplement les relier.
Dans cette logique d’ensemble, le ministre a évoqué l’intégration de la future ligne ferroviaire Alger-Tamanrasset dans cette vision, en tant que « complément stratégique à la Route transsaharienne, représentant à la fois un axe favorisant la mobilité des personnes et le transport des marchandises et un catalyseur pour les investissements ». Il a également annoncé le lancement prochain des travaux de la ligne ferroviaire Ouargla-Hassi Messaoud via El-Meniaa, dont le marché a été attribué de gré à gré à des entreprises nationales. Des annonces précises, datées, chiffrées — le genre de concret qui transforme les déclarations d’intention en feuilles de route.
Les partenaires présents n’ont pas ménagé leurs témoignages de reconnaissance. Le représentant tchadien des infrastructures, Abakar Nassri Tchoroma, a reconnu publiquement qu’« l’Algérie joue un rôle central dans la concrétisation de cet important projet et dans l’impulsion d’une dynamique forte permettant d’atteindre ses objectifs majeurs à long terme », saluant au passage l’appui apporté à son pays. Le représentant nigérien, Abba Nakoira Bachir, a mis en avant les bénéfices attendus pour son pays enclavé, soulignant que le corridor lui permettra d’« acheminer diverses marchandises de et vers les ports du nord du continent », faisant potentiellement du Niger un hub stratégique régional. Le Nigérian Bassey Ekong a salué, lui aussi, le rôle algérien dans la réalisation de « plusieurs projets continentaux d’envergure », qualifiant la Transsaharienne d’« apport majeur pour l’Afrique, notamment en matière de renforcement du commerce intra-africain ». Le Tunisien Khaled Latrach a enfin souligné l’importance de cette rencontre pour « évaluer les réalisations accomplies par les États membres et intensifier les efforts en vue de parachever les projets programmés ».
La session s’est déroulée en présence du wali d’Alger Mohamed Abdenour Rabehi et de la secrétaire d’État chargée des Affaires africaines Selma Bakhta Mansouri, deux présences qui disent le niveau d’attention politique accordé au dossier. En marge des travaux, un moment de mémoire a marqué la journée : une cérémonie d’hommage a été organisée en l’honneur de la famille de Mohamed Ayadi, ancien secrétaire général du CLRT, disparu après avoir consacré l’essentiel de sa carrière à ce projet. La salle de conférences de l’ESMTP a été baptisée de son nom. Un geste juste, pour un homme qui a cru, longtemps et sans bruit, à cette route comme instrument d’unité africaine. Une exposition des réalisations des entreprises nationales dans les domaines des travaux publics et des infrastructures a également été organisée à cette occasion, rappelant que derrière les discours, il y a des hommes et des machines qui travaillent. La route est réalisée à plus de 90 %. R.N




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