La parole libre de Tebboune

C’est dans la cour d’une école primaire de Bouchaoui, à l’ouest d’Alger, que le président de la République a choisi de prendre la parole. Jeudi, après avoir glissé son bulletin dans l’urne au centre de vote Ahmed-Aroua, Abdelmadjid Tebboune a livré aux journalistes une déclaration fleuve, embrassant d’un même souffle les législatives en cours, la santé de la démocratie algérienne et le sort de l’Algérien agressé et battu par un groupe de marocains à Boston.

Le ton était celui de la conviction. « Toutes les Algériennes et tous les Algériens sont convaincus que l’ère des quotas et de l’atteinte à la volonté du peuple exprimée dans les urnes est révolue », a lancé le chef de l’État, comme pour signer, d’un trait définitif, la rupture avec un passé électoral que beaucoup préfèrent oublier. Les législatives se déroulent « dans de bonnes conditions », a-t-il assuré, et leur bon déroulement « incite à l’optimisme ». Preuve en serait, selon lui, qu’« aucun candidat ni aucun parti ne s’est plaint de fraude ou de détournement des voix » depuis l’ouverture du scrutin. La loi, a-t-il martelé, est « appliquée avec toute la rigueur requise, ce qui est de nature à dissuader quiconque envisagerait d’y contrevenir ».

Interrogé sur les récentes modifications apportées au cadre juridique électoral, Tebboune a justifié ces amendements par les « dysfonctionnements constatés dans l’application des précédents textes de loi », présentant l’ensemble du processus comme une œuvre en perpétuel perfectionnement, « en amélioration constante jusqu’à atteindre l’objectif escompté ». Il a, dans la foulée, rendu hommage à l’Autorité nationale indépendante des élections, l’ANIE, saluant son rôle dans la supervision de l’ensemble des étapes du scrutin jusqu’à la proclamation des résultats préliminaires. L’Algérie, a-t-il estimé, a désormais atteint un stade « très avancé » en matière de crédibilité institutionnelle, ses institutions constitutionnelles étant « au-dessus de tout soupçon ». La prochaine Assemblée populaire nationale, a-t-il promis, sera elle aussi « exempte de tout soupçon ».

Le président en a profité pour rappeler ce qu’il considère comme une première historique, « l’actuel Parlement a, pour la première fois dans l’histoire de l’Algérie indépendante, proposé une loi qui a ensuite été adoptée », en référence au texte criminalisant la colonisation, une initiative portée par les membres de l’APN eux-mêmes. Il a dit espérer que le prochain Parlement saura, à son tour, faire preuve d’une semblable audace législative. Sur le plan constitutionnel, Tebboune a également rappelé une disposition qu’il juge emblématique de la maturité politique du pays, la Constitution algérienne prévoit deux configurations distinctes, « la désignation d’un chef du Gouvernement issu de la majorité parlementaire en cas de victoire de l’opposition ou la nomination d’un Premier ministre lorsque la majorité présidentielle l’emporte », une architecture institutionnelle qui, selon lui, « traduit une vision prospective pour l’avenir du pays ».

La jeunesse n’a pas été oubliée dans ce tableau d’ensemble. Le chef de l’État a dit avoir personnellement constaté « le patriotisme retrouvé de la jeunesse algérienne » et assuré qu’« il n’y a aucune crainte à avoir pour l’Algérie ». Sur le front économique, il a évoqué les rapports des grandes institutions financières internationales qui placent l’Algérie sur « la bonne voie », réaffirmant son engagement à « poursuivre les efforts visant à servir les intérêts du citoyen, à améliorer son pouvoir d’achat et à renforcer l’indépendance économique du pays ».

En marge du rendez-vous électoral, c’est un autre sujet qui a brièvement envahi le point de presse, celui concernant l’agression dont a été victime un enfant algéro-américain à Boston, en marge de la Coupe du monde 2026. « Nous suivons de près l’évolution de son état de santé », a déclaré Tebboune, précisant que le jeune garçon est « sorti de l’hôpital ». Il a indiqué être en « contact permanent » avec l’ambassadeur d’Algérie à Washington, Sabri Boukadoum, qui « accomplit son devoir en supervisant l’ensemble des mesures pouvant être entreprises auprès de la justice et de la police américaines », ainsi qu’avec le ministre des Sports, Walid Sadi, présent à la tête de la délégation algérienne. Ce dernier, a révélé le président, a invité l’enfant victime à assister au match opposant l’Algérie à la Suisse, dans la nuit de jeudi à vendredi à Vancouver, pour les seizièmes de finale du Mondial — une attention dont la portée symbolique n’aura échappé à personne. A.B

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