La visite du Pape fait jaser la droite française : Quand les rédactions françaises s’agitent

La visite historique du Pape Léon XIV en Algérie, attendue ce lundi, a provoqué dans certaines rédactions parisiennes des réactions d’une rare violence. Non contre l’Algérie cette fois — les habitués de cet exercice y sont rodés —, mais contre le souverain pontife lui-même. La haine de l’Algérie l’emporte, semble-t-il, sur la déférence due au chef de l’Église catholique. Le timing de ces attaques n’est pas anodin. Depuis des années, une partie de la droite et de l’extrême droite françaises justifie sa croisade contre l’immigration musulmane et algérienne au nom des «racines chrétiennes» de la France. La visite de Léon XIV pulvérise cet argument. Comment défendre les valeurs chrétiennes tout en vilipendant le Pape qui choisit de se rendre en Algérie, pays de saint Augustin, l’un des pères fondateurs de la pensée chrétienne occidentale ? La contradiction est trop criante pour être ignorée.
Elle l’est pourtant. L’Express, rangé depuis quelques années dans la galaxie des médias proches de l’extrême droite, a sorti une «enquête» sur «le pouvoir caché du Vatican» et les prétendus «secrets» d’une «offensive diplomatique» du Saint-Siège. Le Figaro, lui, a choisi d’offrir sa tribune à Boualem Sansal, précisément la veille de l’arrivée du Pape à Alger, pour ressasser l’affirmation selon laquelle « des chrétiens, des évangéliques, des protestants sont persécutés en Algérie». L’écrivain, dont l’arrestation l’automne dernier pour des attaques caractérisées pour la souveraineté algérienne et les militants de la guerre de libération nationale avait été instrumentalisée par les mêmes médias en France, retrouve là son registre habituel. Quant à Kamel Daoud, dans sa chronique au Point, il se dit «consterné» et «attristé» par «le sens politique que cette visite ne manquerait pas de prendre» — s’inscrivant dans la même veine.

Ménard et les nostalgiques de l’Algérie française

Parmi les voix les plus agitées figure Robert Ménard, maire de Béziers et figure de proue d’une droite identitaire qui ne cache plus ses obsessions. En février dernier, il avait lui-même levé le voile sur ce qui le fait courir, confiant publiquement sa nostalgie de l’Algérie française et son désir d’«emmener sa fille pour lui montrer le pays d’où il vient». Fils d’un membre de l’OAS et neveu d’un pilote putschiste, il incarne une France qui n’a pas digéré la décolonisation et qui voit dans chaque succès diplomatique algérien une blessure personnelle. Que le Pape choisisse l’Algérie pour inaugurer sa tournée africaine est, pour ce courant, proprement insupportable.
Ce que ces réactions révèlent en creux, c’est l’ampleur du désaveu infligé à ceux qui prétendaient que l’Algérie était «isolée» sur la scène internationale. Léon XIV ne vient pas en Algérie par hasard ni par courtoisie protocolaire. Il y vient parce que ce pays, terre natale de saint Augustin, porte un message de coexistence et de dialogue que le Vatican considère précieux. Il y vient parce que le Président Tebboune l’a invité lors de sa visite au Vatican en juillet 2025, et parce que le Pape a jugé cette invitation digne d’être honorée en premier, avant tout autre étape africaine.
Pendant que Paris s’étrangle d’indignation, Léon XIV prépare ses pas vers la Grande Mosquée d’Alger, vers le Sanctuaire du Martyr, vers les traces de saint Augustin. Il n’a visiblement pas besoin de l’approbation des éditorialistes du Faubourg Saint-Germain pour choisir où l’Esprit l’appelle. Azzedine Belferag

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