Le Parti national rifain a franchi cette semaine une nouvelle étape dans son internationalisation en inaugurant son premier bureau européen à Gérone, en Espagne, une ville où vit une importante diaspora originaire du Rif. La cérémonie a été présidée par le chef du parti, Oussama Radouane, qui a procédé à l’installation de Mohamed Douhri à la tête du bureau espagnol, en présence notamment du vice-président Youba El Ghadioui et de membres du parti, dont Mourad Boulqjar. Derrière cette implantation, le mouvement entend porter plus fortement en Europe la revendication du droit du peuple rifain à l’autodétermination, un dossier que ses responsables veulent désormais sortir du seul cadre régional.
Dans son intervention, Oussama Radouane a expliqué que l’ouverture de ce bureau vise d’abord à « rapprocher le parti de la communauté rifaine en Espagne » et à « se tenir au plus près de ses préoccupations ». Il a également affirmé vouloir « diffuser la pensée républicaine au sein de la diaspora rifaine », en soulignant que l’Espagne n’a pas été choisie au hasard. Selon lui, ce pays est « proche de la région du Rif » et entretient avec elle « des relations historiques et des intérêts communs ». Le responsable politique a aussi évoqué ce qu’il considère comme la « responsabilité historique de Madrid envers la cause rifaine et le droit du peuple rifain à l’autodétermination et à l’indépendance », un combat qu’il rattache à ce qu’il qualifie de « funeste annexion » du Rif au Maroc en 1956.
Sur ce point, le discours du parti se veut frontal. Oussama Radouane a soutenu que cette intégration au Maroc est, « du point de vue du droit international, illégale », ajoutant qu’« il n’y a pas de souveraineté du Maroc sur le Rif ». Une position que Rabat rejette catégoriquement, le royaume considérant le Rif comme une partie intégrante de son territoire national. Mais pour le Parti national rifain, l’ouverture du bureau de Gérone doit servir à donner une traduction politique et diplomatique à cette thèse, en s’appuyant sur la présence de la diaspora et sur l’espace public européen.
Le vice-président du parti, Youba El Ghadioui, a lui aussi insisté sur le choix de l’Espagne. Selon lui, l’installation du premier bureau européen dans ce pays « n’est pas fortuite », mais répond à plusieurs considérations, au premier rang desquelles la « responsabilité historique » de l’Espagne envers le Rif et les Rifains. Il a estimé que cette implantation représente « une étape pratique pour faire passer la cause rifaine du cercle du débat à celui de l’action politique en Europe, et en Espagne en particulier », compte tenu des liens de ce pays avec « l’histoire, le présent et l’avenir du Rif ».
Cette référence à l’histoire renvoie à un passé lourd. Le Rif, région montagneuse du nord du Maroc, a été au cœur de la résistance anticoloniale menée par Abdelkrim El Khattabi, fondateur de l’éphémère République du Rif entre 1921 et 1926, avant l’écrasement du mouvement par les puissances coloniales espagnole et française. Après l’indépendance du Maroc en 1956, la région a été intégrée au nouvel État marocain, mais elle est restée traversée par des tensions récurrentes, nourries par un sentiment de marginalisation, des revendications identitaires et sociales, ainsi que par la mémoire des répressions passées.
Youba El Ghadioui a également rappelé la tenue, vendredi dernier à Madrid, d’une conférence internationale consacrée à la lutte du peuple rifain pour l’autodétermination et l’indépendance. Il a affirmé que cette rencontre « n’était pas un rendez-vous passager, mais le début d’un véritable tournant dans la manière de poser la question rifaine en Espagne ». Selon lui, « il n’est plus possible d’ignorer cette question ou de la limiter à un cadre interne ». Le vice-président du parti a enfin appelé Madrid à « assumer sa responsabilité », accusant le « régime makhzénien » d’utiliser les dossiers de « l’immigration, de la drogue et du terrorisme comme instruments de pression et de chantage ». Pour lui, la stabilité régionale « ne se réalisera pas sans traiter les racines du problème », et le Rif en constitue « une partie essentielle, et non une menace comme on tente de le faire croire ». A.B



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