Le 7 septembre prochain, Alger accueillera une rencontre économique dédiée aux sous-traitants italiens de Stellantis intéressés par l’usine Fiat de Tafraoui, près d’Oran. L’annonce a été faite par l’ambassadeur d’Algérie en Italie, Mohamed Khelifi, dans un entretien accordé à l’agence italienne Agenzia Nova. Elle s’inscrit dans la continuité d’un forum organisé en février dernier à Turin par le Syndicat industriel de la ville, auquel avait participé une centaine d’entreprises piémontaises spécialisées dans les composants automobiles. La rencontre d’Alger en sera la deuxième édition — mais cette fois sur sol algérien, avec des terrains déjà identifiés dans la région d’Oran pour accueillir d’éventuels investisseurs. Le contexte industriel dans lequel s’inscrit cette initiative est celui d’une montée en puissance accélérée. L’usine de Tafraoui, inaugurée en décembre 2023, a produit 17 000 véhicules en 2024, puis 53 000 en 2025. Pour 2026, Stellantis vise 90 000 unités sur l’année — un objectif qui, s’il est atteint, porterait le total cumulé depuis l’ouverture à plus de 150 000 véhicules. Le groupe a par ailleurs engagé une nouvelle phase d’extension du site pour porter sa capacité à 135 000 véhicules par an à l’horizon 2028, avec l’agrandissement des lignes d’assemblage, la construction d’une nouvelle unité de peinture et la création annoncée de plus de 1 000 emplois directs et indirects.
C’est dans ce cadre que l’ambassadeur Khelifi a formulé son appel aux industriels italiens. « En Algérie, vous bénéficiez d’une énergie à bas coût, d’une main-d’œuvre qualifiée et d’un vaste marché », a-t-il déclaré à Agenzia Nova. Il a ajouté que le pays offre « un accès privilégié à l’exportation vers trois grandes zones de libre-échange : les marchés arabe, africain et européen, grâce à l’accord d’association avec l’Union européenne ». Le modèle promu n’est pas présenté comme une délocalisation, mais comme une complémentarité industrielle. « Nous travaillons ensemble dans l’intérêt des deux parties », a précisé Khelifi, insistant sur la nécessité d’« augmenter le pourcentage d’assemblage et de production locaux de véhicules avec des partenaires italiens ».
Ce discours sur l’intégration locale reflète une préoccupation centrale dans la politique industrielle algérienne : réduire la dépendance aux importations de composants et faire monter progressivement la valeur ajoutée produite sur le territoire. L’ambassadeur l’a dit sans détour : « Nous ne pouvons plus continuer avec l’ancien modèle de production nationale pour une consommation nationale uniquement. »
Renforcer la coopération entre Sonatrach et Eni
Le secteur automobile n’est qu’une facette d’un partenariat bilatéral que les deux capitales cherchent à élargir. Sur le volet énergétique — qui reste le pilier historique des relations italo-algériennes — Khelifi a indiqué la volonté d’Alger de renforcer la coopération entre Sonatrach et Eni, notamment dans l’exploration amont. « Nous voulons promouvoir davantage l’exploration conjointe et développer la coopération énergétique », a-t-il affirmé. Les deux entreprises entretiennent depuis plusieurs décennies une relation structurelle qui a fait de l’Algérie l’un des principaux fournisseurs de gaz naturel de l’Italie, une position renforcée depuis la recomposition des approvisionnements européens après 2022.
La diplomatie économique s’appuie sur un calendrier chargé. Avant la rencontre de septembre sur la sous-traitance automobile, l’ambassade d’Algérie à Rome organisera le 25 mai une réunion avec des entrepreneurs italiens en amont de la 57e Foire internationale d’Alger, prévue du 22 au 27 juin au parc des expositions Safex. « Nous souhaitons une forte participation des entreprises italiennes », a déclaré Khelifi, qualifiant la FIA de « principal événement économique d’Algérie et l’un des plus importants du continent africain ». L’édition 2026 devrait réunir plus de 30 pays et plus de 700 entreprises, avec des forums B2B et des sessions dédiées à la coopération industrielle.
Dans ce tableau d’ensemble, le partenariat algéro-italien se distingue par sa densité sectorielle — énergie, automobile, agriculture, agroalimentaire — et par le fait qu’il bénéficie d’un portage politique au plus haut niveau. Khelifi a rappelé que la visite de Giorgia Meloni à Alger le 25 mars dernier avait été préparée de longue date et que l’entretien en tête-à-tête entre la présidente du Conseil et le président Tebboune avait duré près de deux heures. « Cette visite d’une seule journée nous a permis de nous entendre sur de nombreux points et de renforcer davantage la confiance mutuelle », a-t-il souligné. Amar Malki



+ There are no comments
Add yours