En l’espace de quelques jours, les relations économiques algéro-tchadiennes ont connu une accélération remarquable, portée par deux rendez-vous distincts mais complémentaires : l’ouverture à Alger des travaux de la 4e session de la Commission gouvernementale mixte algéro-tchadienne, et la tenue d’un Forum d’affaires bilatéral qui a réuni opérateurs économiques et décideurs des deux pays. Deux enceintes, un seul message : l’heure est venue de hisser ce partenariat au rang stratégique qu’il mérite.
La Commission gouvernementale mixte a débuté ses travaux sous la coprésidence du ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, Ahmed Attaf, et de son homologue tchadien, le ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et des Tchadiens de l’étranger, Abdallah Saber Fadl. Un ordre du jour dense les attendait : développement du partenariat bilatéral, encouragement de l’investissement, facilitation des échanges commerciaux — avec une attention particulière portée au renforcement et à l’élargissement de l’intégration économique entre les deux pays. Des sujets qui, formulés ainsi, pourraient sembler abstraits, mais qui recouvrent des réalités concrètes et des opportunités que les deux délégations entendent bien transformer en actes.
Le commerce, parent pauvre d’une relation pourtant ancienne
C’est Kamel Rezig, ministre du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations, qui a donné le ton au Forum d’affaires, tenu en présence du ministre tchadien du Commerce et de l’Industrie Mathieu Guibolo Fanga, du directeur général de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement Omar Rekkache, du président du Conseil du renouveau économique algérien Kamel Moula, et de la directrice générale de l’Agence nationale tchadienne des investissements et des exportations Sobdibé Sobkika Liliane. Rezig n’a pas mâché ses mots : les échanges commerciaux entre les deux pays « doivent être à la hauteur des relations étroites qui unissent l’Algérie et le Tchad », soulignant que le marché tchadien constitue « l’une des destinations africaines prometteuses, offrant des débouchés à la croissance économique hors hydrocarbures que connaît l’Algérie ». Un constat d’évidence, mais qui sonne comme un appel à l’action tant le potentiel reste sous-exploité.
Les chiffres illustrent à la fois les progrès accomplis et le chemin qui reste à parcourir. En 2025, les exportations algériennes vers le Tchad ont atteint 1,5 milliard de dollars, portées notamment par les engrais et les produits chimiques, les matériaux de construction, la céramique et le verre, exportés à hauteur de 560 millions USD, ainsi que les industries agroalimentaires, les produits pharmaceutiques et les filières de l’énergie et des énergies renouvelables. Des secteurs où l’industrie algérienne a clairement trouvé sa place, mais où les marges de progression demeurent considérables.
Les obstacles à lever, les leviers à activer
Rezig a tenu à ne pas esquiver les difficultés structurelles qui freinent encore les échanges. Il a insisté sur la nécessité de « relever les défis qui entravent la circulation des marchandises entre les deux pays », pointant l’importance de la coordination pour accroître la participation aux foires et salons économiques organisés dans les deux pays — un outil de mise en relation directe entre opérateurs que les deux délégations entendent mobiliser davantage. Car derrière les déclarations d’intention, c’est bien la question des infrastructures, de la logistique transfrontalière et de la fluidification des procédures douanières qui conditionne la concrétisation de ces ambitions partagées.
La Commission gouvernementale mixte, de son côté, offre le cadre institutionnel idéal pour traiter ces questions en profondeur. En réunissant des représentants des deux gouvernements autour d’une table de travail formelle, elle permet d’aborder les dossiers sensibles avec la continuité et la rigueur qu’exigent des sujets aussi techniques que le cadre réglementaire des investissements croisés ou l’harmonisation des normes commerciales. La présence des deux ministres des Affaires étrangères à sa tête n’est pas anodine : elle signale que ce partenariat économique est aussi un enjeu diplomatique, inscrit dans la vision algérienne d’une intégration africaine portée par des projets concrets plutôt que par des déclarations de principe. Entre la Commission mixte et le Forum d’affaires, l’Algérie et le Tchad ont posé cette semaine les jalons d’une relation économique qui entend enfin tenir ses promesses. A.B



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