C’est avec la chaleur que l’on réserve aux relations qui comptent vraiment que le président Abdelmadjid Tebboune a reçu mercredi son homologue tchadien Mahamat Idriss Déby Itno à la Présidence de la République. Au terme de leurs entretiens, les deux chefs d’État ont livré une déclaration conjointe dont le ton dit autant que le contenu. Il ne s’agit plus de bonnes intentions bilatérales, mais d’un projet politique assumé. « Ce que nous avons réalisé aujourd’hui est un pas important vers la construction d’un partenariat stratégique intégré », a déclaré Tebboune, soulignant l’engagement de l’Algérie à se tenir aux côtés de la République du Tchad et à bâtir un « modèle africain réussi de coopération interafricaine ». Des mots qui résonnent comme une feuille de route autant que comme une déclaration d’amitié.
Une visite dans la continuité d’un élan commun
La visite officielle du président tchadien s’inscrit dans une dynamique enclenchée lors du déplacement du président Déby en Algérie en septembre dernier. Tebboune l’a rappelé sans détour : la présence de son homologue à Alger traduit « notre volonté politique commune de poursuivre la voie que nous avons tracée ensemble » lors de cette première étape. L’objectif affiché est de « donner un nouvel élan à la coopération dans divers domaines, notamment dans le domaine économique couvrant l’énergie, les mines, les infrastructures, les transports, l’industrie, l’industrie pharmaceutique ainsi que les échanges commerciaux ». Un spectre délibérément large, qui dit la volonté des deux pays de ne pas cantonner leur relation à un ou deux secteurs, mais d’en faire une coopération de plein exercice.
Trente accords pour transformer les intentions en réalités
Les déclarations de principe, si éloquentes soient-elles, ne valent que si elles se traduisent en actes. Sur ce point, la journée a été productive. « Lors de nos entretiens, nous avons souligné ensemble l’importance d’activer les mécanismes de coopération, dont la commission mixte, pour laquelle nous avons veillé conjointement à la tenue de sa 4e session », a précisé Tebboune, ajoutant que les deux parties s’engagent, à compter de cette visite, à « l’actualisation du cadre juridique régissant nos relations et à la signature de près de 30 accords et mémorandums d’entente ». Trente textes en une journée : un chiffre qui, au-delà de l’effet d’annonce, témoigne d’un travail préparatoire sérieux et d’une volonté politique de ne pas laisser les bonnes intentions sans lendemain institutionnel. Le président a également annoncé son intention d’« insuffler la dynamique nécessaire au Conseil d’affaires algéro-tchadien », cet outil de dialogue entre opérateurs économiques des deux pays dont l’activation constitue l’un des leviers concrets de la diversification des échanges bilatéraux.
La formation, pilier discret d’un partenariat durable
Parmi les axes de coopération évoqués, l’un a retenu l’attention par sa dimension humaine et stratégique : la formation des ressources humaines. Tebboune a indiqué avoir abordé ce sujet avec son homologue, soulignant « la disposition de l’Algérie à former un plus grand nombre de cadres, parmi les fils et filles du Tchad, pays frère, et à partager l’expérience de l’Algérie dans diverses spécialités au service du processus de développement dans ce pays frère ». Un engagement qui s’inscrit dans la longue tradition algérienne de coopération Sud-Sud par la formation, et qui prend une dimension particulière dans le contexte d’un Tchad engagé dans une transition politique et une reconstruction institutionnelle qui exigent des compétences techniques solides.
Sécurité et humanitaire, les sujets qui ne peuvent pas attendre
La rencontre n’a pas esquivé les dossiers sensibles. Sur la coopération sécuritaire, Tebboune a été direct : « Nous avons affirmé que les défis auxquels est confrontée notre région commune au Sahel, notamment la lutte contre le terrorisme, exigent la coordination et la coopération pour garantir la sécurité et la stabilité de nos deux pays et de la région ». Une formulation qui rappelle que l’axe Alger-N’Djamena est aussi un axe sécuritaire structurant dans une bande sahélo-saharienne sous haute tension, où les deux pays partagent des frontières communes et des menaces communes. Enfin, la situation au Soudan — pays frontalier du Tchad et meurtri par une guerre civile dévastatrice depuis avril 2023 — a occupé une place dans les échanges. Tebboune a salué « hautement les efforts considérables déployés par la République du Tchad pour accueillir les réfugiés », appelant la communauté internationale à « assumer ses responsabilités juridiques et humanitaires face à la situation au Soudan, pays frère ». Un appel qui place l’Algérie dans le camp de ceux qui refusent de détourner le regard face à l’une des crises humanitaires les plus graves du moment. Azzedine Belferag



+ There are no comments
Add yours