Quarante mégawatts. Deux turbines à gaz. Quarante-deux jours de travaux entre le démarrage du chantier et la mise en service. Mercredi à Niamey, le Premier ministre Sifi Ghrieb a inauguré la centrale électrique de Gorou Banda aux côtés de son homologue nigérien Ali Mahamane Lamine Zeine, et les chiffres ont raconté une histoire que les discours n’auraient pas su mieux résumer : l’Algérie a construit, livré et offert une centrale en moins de six semaines de montage effectif, six mois avant les délais contractuels. Ce n’est pas un exploit technique ordinaire. C’est un signal politique.
Le montage financier et institutionnel du projet dit beaucoup sur la manière dont Alger construit, depuis deux ans, sa politique africaine. Le financement a été assuré par l’Agence algérienne de coopération internationale pour la solidarité et le développement, bras financier de la coopération bilatérale algérienne au sens strict. La maîtrise d’œuvre a été confiée à Sonelgaz International, filiale du groupe public algérien de l’électricité et du gaz. Le maître d’ouvrage est la Nigelec. Tout le projet reste donc dans le giron des opérateurs publics des deux États, sans intermédiation privée, sans conditionnalité. C’est le modèle de coopération que Tebboune a voulu opposer, dans les faits, aux formules habituelles des bailleurs occidentaux ou des partenaires émergents.
La centrale de Gorou Banda matérialise cette posture. Sifi Ghrieb l’a formulé sobrement dans son allocution, la livraison anticipée « témoigne de la forte volonté politique des dirigeants des deux pays de faire passer les relations bilatérales de la phase des accords à celle des réalisations concrètes. »
Ce qui distingue le projet nigérien d’autres opérations de coopération énergétique africaine, c’est précisément la composante formation. Huit agents de la Nigelec ont été formés du 4 au 23 mars dans les écoles de Sonelgaz en Algérie, avant même que les turbines soient assemblées sur site. La centrale a été livrée avec ses techniciens locaux formés à son exploitation et à sa maintenance. C’est un choix économique autant que politique. Une infrastructure dont le pays bénéficiaire ne maîtrise pas l’entretien reste dépendante de son donateur. Le transfert de compétences est la condition sine qua non d’une coopération qui ne ressemble pas à une rente.
Ghrieb a évoqué, en clôture, la « dimension humaine » des relations algéro-nigériennes, affirmant que la coopération « ne se limite pas aux aspects économique et énergétique, mais s’étend à des projets à caractère social et humanitaire ». Ce n’est pas rhétorique. Dans les mois qui précèdent, Alger a ouvert ses facultés de médecine à des étudiants nigériens, maintenu ses programmes de bourses et organisé des convois humanitaires. La centrale de Gorou Banda s’inscrit dans un continuum.
Ce que l’inauguration de mercredi confirme, c’est qu’Alger a fait le choix d’une diplomatie par les faits dans sa profondeur sahélienne. Pas de conférences, pas de feuilles de route à dix ans. Une centrale en service, des techniciens formés, un réseau renforcé. Le Niger en avait besoin. L’Algérie l’a construit. A.B




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