Tebboune affiche les ambitions industrielles de l’Algérie : L’essor des exportations hors hydrocarbures au cœur de la stratégie économique

Dans une longue entrevue accordée aux médias nationaux et diffusée samedi soir, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a dressé un tableau ambitieux de la transformation économique du pays, plaçant la diversification industrielle et l’indépendance nationale au centre de sa vision politique.

Le chef de l’État a souligné que « la compétitivité démontrée par plusieurs secteurs industriels nationaux ces dernières années a contribué à donner une forte impulsion aux exportations algériennes hors hydrocarbures ». Cette progression, selon lui, reflète un renversement spectaculaire de la situation économique du pays. « Alors que l’Algérie importait du rond à béton il y a quelques années, elle en est aujourd’hui exportatrice », a-t-il rappelé, illustrant la mutation en cours.

L’Algérie serait désormais « plus concurrentielle que certains pays européens dans des domaines comme l’électroménager », a affirmé le président Tebboune. Une assertion qui témoigne de l’ambition affichée de repositionner le pays sur l’échiquier industriel régional et international.

L’automobile et l’agroalimentaire en tête de la diversification

Le secteur automobile cristallise particulièrement les espoirs du gouvernement. L’usine Fiat Algérie « atteindra un taux d’intégration de 40% avec une orientation vers l’exportation », a annoncé le président. L’inauguration récente d’une usine d’emboutissage dans la wilaya de Batna, qui permettra de fabriquer les coques des voitures et des cabines de camions, marque une étape supplémentaire dans la montée en gamme de la production nationale.

« Le secteur privé honnête est en train de faire des pas de géants », s’est félicité Abdelmadjid Tebboune, une reconnaissance inhabituelle du rôle des entrepreneurs privés dans le développement économique. L’agroalimentaire n’est pas en reste : « L’agroalimentaire algérien est aujourd’hui très demandé partout alors que beaucoup de produits étaient importés par le passé », a-t-il souligné, précisant qu’une partie de la production nationale sera destinée à l’exportation.

Le phosphate, projet structurant pour l’avenir

Le président a également mis en avant l’avancement du projet de phosphate intégré dans l’est du pays, un investissement stratégique majeur. « Les travaux sont en cours au niveau du projet de phosphate intégré de Bled El Hadba, où sera mise en service l’usine d’acide phosphorique fin 2026 ou début 2027 », a-t-il précisé. Ce projet vise « l’exploitation du phosphate à toutes ses étapes » et devrait générer la création de « dizaines de milliers d’emplois ».

L’Algérie regorge d’autres mines « innombrables » qui seront exploitées à l’avenir, a indiqué le chef de l’État, justifiant ainsi « la création d’un ministère spécialisé, regroupant des compétences et des experts pour la gestion de ces ressources ». Les projets miniers ainsi que les lignes ferroviaires vers le Sud s’inscrivent dans une « vision nationale » et « ne sont pas le fruit du hasard », a-t-il insisté, rappelant qu’ils figuraient parmi ses engagements de campagne.

Une indépendance économique jalousement gardée

Au-delà des succès affichés, le président Tebboune a réaffirmé les principes cardinaux de sa politique. « Nous nous employons à régler nos problèmes par nous-mêmes car, par le passé, personne n’a été à nos côtés lorsque nous avons été confrontés à des épreuves », a-t-il déclaré. « Aujourd’hui, nous pouvons régler les problèmes des citoyens, nous le faisons sans hypothéquer l’indépendance de l’Algérie ni ses richesses, qui appartiennent exclusivement aux Algériens ».

Cette doctrine de souveraineté n’empêche pas une vigilance accrue face aux dérives économiques. Le président a ainsi mis en garde contre certaines pratiques dans l’activité d’exportation, notamment la sous-facturation. Des cas de non-rapatriement de devises issues des exportations, d’une valeur de 350 millions de dollars, ont récemment été constatés. « Nous nous sommes débarrassés de la +issaba+ qui s’adonnait à la surfacturation pour nous retrouver face à une autre +issaba+ qui se livre à la sous-facturation », a-t-il déploré.

Concernant les pratiques commerciales illégales, l’État « ne tolérera aucune atteinte aux moyens de subsistance des Algériens », a averti le président, prévenant que « quiconque spéculera sur les moutons de l’Aïd en paiera le prix fort ».

Élections et consolidation démocratique

À l’approche des législatives du 2 juillet prochain, Abdelmadjid Tebboune a assuré que « toutes les conditions sont réunies pour garantir l’intégrité du processus électoral ». « Le terme de fraude électorale n’a plus cours et ne figure plus dans le vocabulaire politique des Algériens », a-t-il affirmé, tout en avertissant : « Toute tentative de porter atteinte à l’intégrité des élections se heurtera à la loi ».

Face aux informations circulant sur l’achat de cartes d’adhérent et d’investitures, le président a prévenu que « toute personne dont l’implication est avérée fera face à des poursuites pénales pouvant entraîner la suspension, la révocation, le retrait de confiance et la levée de l’immunité par le biais de la Cour constitutionnelle ». « La loi est claire et sera appliquée à tous. Nul n’est au-dessus de la loi », a-t-il martelé.

Sur la liberté d’expression, le président a réaffirmé qu’elle était garantie en Algérie « à condition de respecter les lois de la République, les composantes de l’identité nationale et les traditions de la société », et « à condition aussi que les idées exprimées soient celles de leurs auteurs et non pas des idées dictées par d’autres parties ». Il a fustigé « le double discours de certains pays qui se targuent d’être des modèles de démocratie alors qu’ils infligent des peines d’emprisonnement à ceux qui affichent leur soutien à la cause palestinienne sur les réseaux sociaux ».

La visite du Pape, un succès diplomatique

Le président a qualifié de « succès » la visite du Pape Léon XIV en Algérie, y voyant « une étape importante dans le renforcement des relations entre l’Algérie et le Vatican ». Il a proposé au souverain pontife l’ouverture d’une ambassade du Vatican en Algérie, proposition « accueillie favorablement ».

Cette visite a « réfuté le mythe de l’ancien colonisateur prétendant avoir été à l’origine de la création de l’Algérie », a-t-il estimé, soulignant que le Pape a mis en évidence « l’enracinement historique de l’Algérie, qui remonte à saint Augustin et bien avant ». Elle « place l’Algérie dans sa position naturelle », celle d' »intermédiaire fiable qu’elle a toujours été », a souligné le président, évoquant son rôle dans le dialogue entre les religions.

Relations africaines et position sur le Mali

Concernant la situation au Mali, le président Tebboune a exprimé sa désolation : « Nous sommes désolés de ce qui se passe au Mali ». « La voie de la raison, c’est de discuter avec son peuple », a-t-il conseillé, tout en rappelant que « l’Algérie ne s’est jamais immiscée et ne s’immiscera jamais dans les affaires intérieures du Mali ou d’autres pays ». « L’Algérie a toujours été un pays frère pour le Mali », a-t-il martelé, précisant que « les accords d’Alger sont un fait malien, pas un fait algérien ».

Sur les relations algéro-américaines, le président a indiqué qu’elles « ont toujours été bonnes » et s’amélioraient constamment, tout en réaffirmant que l’Algérie n’abandonnera jamais ses amis comme la Russie et la Chine, et reste un pays non-aligné qui refuse toute base militaire étrangère sur son territoire. Azzedine Belferag

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