La diplomatie a ses codes, et ceux utilisés vendredi entre Washington et Alger sont sans équivoque. Massad Boulos, conseiller principal du président Donald Trump, a rencontré l’ambassadeur algérien Sabri Boukadoum pour une discussion qui dépasse le simple cadre protocolaire. Derrière les sourires, un message clair : l’Amérique de Trump reconnaît le rôle central de l’Algérie dans la stabilité d’une région en proie aux turbulences.
Dans un message qui a valeur de feuille de route, Massad Boulos a été clair : « J’ai réitéré la gratitude des États-Unis envers le rôle vital et continu de l’Algérie ainsi que pour ses efforts diplomatiques visant à promouvoir la paix et la sécurité dans la région ». Il a salué « l’engagement constructif » d’Alger en faveur d’une solution au Sahara occidental, ajoutant qu’« il est temps de parvenir à une résolution ». Cinquante ans après, l’horloge semble s’accélérer.
C’est là que le ballet diplomatique devient complexe. Comment être un médiateur crédible quand, sous ce même mandat Trump en 2020, les États-Unis ont reconnu la souveraineté marocaine sur ce territoire, rompant avec des décennies de neutralité ? Massad Boulos a tenté une pirouette, affirmant que cette position « n’était pas un énoncé fermé » et que « la porte restait ouverte au dialogue » et « comme indiqué dans la résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies ».
Une manière de dire que l’on peut reconnaître une situation tout en cherchant à la dépasser.
Face à cette main tendue, la réponse d’Alger reste une leçon de constance diplomatique. Le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, l’a rappelé en novembre : oui à toute médiation, mais dans le strict cadre des Nations unies et de ses résolutions. Le dossier, a-t-il martelé, « n’a pas été clos » et « reste ouvert ». Un rappel ferme que l’Algérie ne jouera pas une partie dont les règles seraient dictées en dehors de l’arène internationale.
Cette rencontre n’est pas un acte isolé. Elle fait suite à la visite « fructueuse » du numéro deux du Département d’État et du commandant de l’AFRICOM à Alger fin avril. Une visite que Massad Boulos y voit « le niveau avancé de coordination entre les deux pays ». Pour Washington, l’Algérie apparaît de plus en plus comme un interlocuteur pivot sur les dossiers sahéliens, la lutte antiterroriste, les trafics transfrontaliers et la stabilité au voisinage sud de la Méditerranée.
La cadence des contacts s’est intensifiée, signalant que l’Algérie, longtemps perçue comme un partenaire discret, est désormais considérée comme un pivot, un interlocuteur incontournable sur les dossiers du Sahel et de l’Afrique du Nord.
Au-delà de la géopolitique, la relation se nourrit d’intérêts économiques.
Les discussions ont aussi porté sur les affaires. Plus de 120 entreprises américaines sont déjà en Algérie, et Washington voit le potentiel d’accroître les investissements, notamment dans le secteur de l’énergie. Dans un marché énergétique en recomposition, Alger – acteur majeur du gaz en Méditerranée – attire l’attention des industriels et des décideurs américains.
Cet intérêt économique n’est pas déconnecté du politique. L’Amérique de Trump sait que le concours d’Alger sur les dossiers sécuritaires ne s’obtient pas sans contreparties, et que la première d’entre elles est le respect. Le message est clair : l’Algérie est un acteur stratégique avec qui il faut compter. A.B




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