Ouargla, grenier du Sud : la révolution céréalière du Sahara

Il y a quelque chose de presque magique dans ce spectacle. Des moissonneuses-batteuses qui avancent en rangs serrés sur des milliers d’hectares de blé doré, à quelques encablures des dunes de sable et des derricks pétroliers de Hassi-Messaoud. Ouargla, wilaya longtemps synonyme d’or noir, est en train de devenir une terre de pain. Jeudi, le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, Yacine El-Mahdi Oualid, a donné le coup d’envoi depuis l’exploitation Global Agrodiv du groupe Madar, dans la région de Gassi-Touil, de la campagne moisson-battage de la saison agricole 2025-2026. Un geste symbolique qui dit, mieux que tout discours, la réalité d’une mutation profonde du Grand Sud algérien.

Des chiffres qui racontent une révolution

Les données égrainées sur le site de l’exploitation donnent le vertige. La production céréalière de la wilaya d’Ouargla devrait atteindre cette saison les 475 645 quintaux, répartis entre le blé dur qui domine avec 435 000 quintaux, le blé tendre, l’orge, l’avoine et le triticale. Cette production est réalisée sur une superficie exploitée de 9 854 hectares, avec une extension de 1 525 hectares, soit une progression de 16 % par rapport à la saison agricole précédente. Cette croissance n’est pas le fruit du hasard. Elle est le résultat direct d’une politique d’investissement massif dans les infrastructures agricoles, engagée sous l’impulsion du président de la République, Abdelmadjid Tebboune. Le ministre Yacine El-Mahdi Oualid a tenu à le souligner « La wilaya connaît un grand dynamisme dans le domaine des cultures stratégiques, grâce aux réformes introduites par le président de la République ces dernières années, notamment en matière de mise à disposition de terrains, d’électrification agricole et de réalisation de pistes d’accès. »

Pour assurer le bon déroulement de la campagne, des moyens humains et matériels considerables ont été mobilisés. La logistique se compose de 24 moissonneuses, sept botteleuses, sept tracteurs, 50 camions et quatre engins de transport de récolte. Les neuf centres de stockage de céréales déjà opérationnels dans la wilaya, d’une capacité cumulée de 450 000 quintaux, ainsi que la construction en cours d’un silo d’un million de quintaux, témoignent de la volonté de bâtir une chaîne logistique complète du champ à l’entrepôt.

L’électricité, clef de voûte du développement agricole

Le principal défi du développement agricole dans le Grand Sud n’est pas l’eau, dont les nappes phréatiques profondes représentent des réserves considérables. C’est l’énergie. Sans électricité, pas de pompage, pas d’irrigation, pas d’agriculture intensive. C’est pourquoi le ministre El-Mahdi Oualid a accordé une attention particulière aux chantiers d’électrification agricole en cours dans la wilaya. Durant cette saison agricole, plus de 900 kilomètres de réseau d’électrification agricole ont été réalisés, en complément de plus de 400 kilomètres de pistes agricoles qui désenclavent les exploitations.

Deux nouvelles opérations d’envergure sont actuellement en cours dans les régions de Hassi-Lehdaou, Gassi-Touil, Rebaï et Sahn. La première, d’un coût de trois milliards de dinars, comprend la réalisation de 425 kilomètres de réseaux électriques et l’installation de 233 transformateurs. La seconde, financée à hauteur de deux milliards de dinars et actuellement en phase administrative, prévoit 420 kilomètres de réseaux supplémentaires et 195 transformateurs. C’est précisément la finalisation de ces raccordements qui conditionne l’annonce la plus importante de cette visite.

80 000 hectares prêts pour les investisseurs

Le ministre a en effet annoncé que plus de 80 000 hectares seront mis à la disposition des investisseurs pour la prochaine saison agricole, « sous réserve de finalisation des nouveaux investissements liés au raccordement à l’électrification agricole ». Une superficie colossale qui représente près de neuf fois la superficie actuellement cultivée, et qui dessine les contours d’un boom agricole saharien sans précédent. « Ces efforts de l’État sont susceptibles de permettre à la wilaya d’Ouargla de jouer un rôle tangible et essentiel dans le renforcement de la sécurité alimentaire nationale », a-t-il affirmé, saluant « l’adhésion à cette approche d’un certain nombre d’investisseurs, ayant permis d’obtenir un rendement plus élevé que la saison agricole précédente ».

Du blé et de la betterave : l’intégration agroalimentaire

Au terme de sa visite, le ministre a inspecté l’exploitation agricole Tafadis du groupe Madar dans la commune de N’Goussa, dédiée à la production de céréales et de betteraves sucrières destinées à la transformation. Ce projet illustre parfaitement la logique d’intégration verticale que l’État entend promouvoir et ne pas se contenter de produire des matières premières agricoles, mais les transformer sur place pour capter la valeur ajoutée et contribuer à la substitution aux importations. L’Algérie consacre encore des milliards de dollars à l’importation de sucre et de produits céréaliers transformés. Les vastes étendues du Sud, associées à des investisseurs déterminés et à un État qui met les infrastructures à disposition, pourraient inverser progressivement cette dépendance. Il y a dans ces champs de blé et de betterave, sous le soleil de Ouargla, quelque chose qui ressemble à une promesse tenue. A.B

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