Sifi Ghrieb à N’Djamena : Alger a choisi de parler africain

Il y avait dans ce voyage quelque chose qui dépassait le protocole habituel des visites officielles. Lorsque le Premier ministre Sifi Ghrieb a posé le pied sur le tarmac de l’aéroport international de N’Djamena ce lundi, chargé d’une mission confiée personnellement par le président Abdelmadjid Tebboune, il n’est pas venu les mains vides. Il est venu avec un projet concret, tangible, visible. Une centrale électrique de 40 mégawatts offerte en don par l’Algérie au Tchad, symbole d’une solidarité africaine qui se mesure désormais en kilowattheures autant qu’en discours.

L’accueil réservé au Premier ministre algérien a dit beaucoup sur le niveau de la relation entre les deux pays. À sa descente d’avion, c’est son homologue tchadien, le chef du gouvernement Allamaye Halina, entouré de plusieurs membres du gouvernement et de hauts responsables, qui l’attendait. Une réception en bonne et due forme, à la hauteur d’une visite que les deux parties ont manifestement préparée avec soin. La délégation algérienne, elle aussi, reflétait la densité du programme prévu, Mohamed Arkab, ministre d’État chargé des Hydrocarbures, Mourad Adjal, ministre de l’Énergie et des Énergies renouvelables, Abed Hallouz, directeur général de l’Agence algérienne de coopération internationale pour la solidarité et le développement, ainsi que plusieurs responsables d’entreprises nationales actives dans les domaines des hydrocarbures, de l’énergie et de l’électricité. Un plateau technique et institutionnel qui annonçait clairement la couleur, cette visite n’est pas un voyage de courtoisie.

La séance de travail bilatérale tenue entre les deux Premiers ministres a permis de passer en revue l’évolution des relations entre Alger et N’Djamena, et d’échanger sur les moyens de donner un nouvel élan à une coopération dont les deux parties s’accordent à dire qu’elle n’a pas encore atteint son plein potentiel. La volonté commune des dirigeants des deux pays d’élever les relations de fraternité et de coopération à des perspectives plus larges, au service des intérêts communs des deux peuples, a été réaffirmée avec force. Des mots souvent entendus dans ce type de rencontres, mais qui, cette fois, s’accompagnaient d’actes.

L’acte central de cette journée, celui qui restera gravé dans les mémoires des deux délégations, s’est tenu dans la zone industrielle de Farcha, à N’Djamena. Sifi Ghrieb et Allamaye Halina ont conjointement présidé la cérémonie de pose de la première pierre de la centrale électrique de la Solidarité algéro-tchadienne, un projet d’une capacité de 40 mégawatts qui sera réalisé par Sonelgaz International. Ce qui rend ce projet particulièrement significatif, c’est sa nature. Il s’agit d’un don de la République algérienne à la République du Tchad, sans contrepartie commerciale. Une centrale offerte, construite par des ingénieurs et des techniciens algériens, pour alimenter une capitale africaine en électricité. Le projet s’inscrit dans le droit fil des orientations du président Tebboune et renouvelle, selon les termes mêmes du communiqué du Premier ministère, « l’engagement constant de l’Algérie à soutenir les processus de développement durable dans les pays africains frères, tout en consolidant les valeurs de solidarité et de coopération africaine à travers des projets structurants à impact direct sur le développement économique et social ».

Il faut rappeler ici que cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large. Cela relève de la diplomatie énergétique. Lors d’un Conseil des ministres tenu début mai, le président Tebboune avait ordonné la prise en charge de deux tronçons de la Route Transsaharienne sur le territoire tchadien, confiés à des entreprises algériennes. La centrale de Farcha vient donc s’ajouter à cet ensemble cohérent d’engagements concrets qui dessinent, projet après projet, les contours d’un partenariat algéro-tchadien en pleine mue. On ne parle plus seulement de fraternité et de liens historiques — on construit des routes, on installe des centrales électriques, on envoie des équipes sur le terrain.

La visite a également donné lieu à une audience que le Premier ministre algérien a eue avec le président de la République du Tchad, le Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno. Les échanges ont porté sur les perspectives de renforcement du partenariat bilatéral ainsi que sur les principales questions régionales et africaines d’intérêt commun, dans un contexte sahélien particulièrement sensible où la stabilité et la coopération entre voisins sont plus que jamais des impératifs stratégiques.

Sifi Ghrieb a quitté N’Djamena en fin de journée, salué au pied de l’avion par son homologue Allamaye Halina et plusieurs membres du gouvernement tchadien. Derrière lui, il laissait la promesse d’une centrale électrique qui, dans quelques mois, éclairera des quartiers entiers de la capitale tchadienne. Devant lui, une relation bilatérale qui, après cette journée, n’est plus tout à fait la même qu’avant. L’Algérie, décidément, a choisi de parler africain avec les moyens du concret. A.B

Vous aimeriez lire

Du même auteur

+ There are no comments

Add yours