Igor Levitin n’est pas venu en touriste. Le conseiller et représentant spécial du président Vladimir Poutine pour la coopération internationale dans les transports a débarqué mardi à Alger à la tête d’une délégation de haut niveau comprenant le président du Conseil d’affaires algéro-russe, un conseiller au cabinet de la présidence de la Fédération de Russie et le directeur général adjoint d’un groupe russe spécialisé dans le transport et la logistique. En une seule journée, il a enchaîné les rendez-vous ministériels, signe que la visite relevait d’une démarche concertée et structurée, bien au-delà d’une simple prise de contact protocolaire.
C’est le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Saïd Sayoud, qui a ouvert le bal. La rencontre, tenue en présence de l’ambassadeur de Russie à Alger, Alexey Solomatine, et de cadres centraux du ministère, a permis aux deux parties de dresser un état des lieux complet des perspectives de coopération bilatérale dans le secteur des transports. Selon le communiqué officiel du ministère, « l’accent a été mis sur l’importance du renforcement des relations de partenariat, notamment dans les domaines maritime, aérien et ferroviaire, afin de répondre à la dynamique économique que connaissent les deux pays ».
Saïd Sayoud a saisi l’occasion pour mettre en avant les atouts considérables de l’Algérie. Sur le volet maritime, le ministre a évoqué « les potentialités considérables dont dispose l’Algérie en matière de transport maritime », soulignant que les infrastructures portuaires font l’objet « d’une activité accrue et d’un processus de modernisation globale ». Sur le ferroviaire, les ambitions affichées sont à la mesure du territoire : la ligne Tindouf-Béchar-Oran, la ligne minière Est, et surtout le projet de liaison Alger-Tamanrasset, présenté dans le communiqué comme s’inscrivant « dans le cadre d’une vision globale visant à relier les différentes régions du pays et à promouvoir le développement économique ». Ce dernier chantier, qui vise à connecter le nord du pays au Grand Sud saharien à travers des milliers de kilomètres de voies ferrées, reste l’un des projets les plus structurants du programme national d’infrastructures, et représente une opportunité de coopération technique dans laquelle la Russie, forte de son expertise ferroviaire sur de vastes territoires, peut jouer un rôle significatif.
Le transport aérien n’a pas été laissé de côté. Les deux délégations ont examiné « les opportunités de développement de la coopération et l’intensification de la coordination pour renforcer la connectivité aérienne et l’échange d’expertises ». Enfin, sur le volet logistique, les discussions ont porté sur « la numérisation des opérations de traitement des marchandises et l’optimisation des chaînes d’approvisionnement », deux domaines où la Russie a développé une expertise propre depuis que les sanctions occidentales l’ont contrainte à réorganiser en profondeur ses flux commerciaux et à chercher de nouveaux partenaires dans les pays du Sud.
Dans la foulée de cette première réunion, Levitin s’est rendu au ministère du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations, où le ministre Kamel Rezig l’a reçu avec la même délégation. La rencontre a constitué, selon le communiqué ministériel, « une opportunité pour passer en revue l’état et les perspectives des relations de coopération économique et commerciale entre l’Algérie et la Russie », les deux parties ayant « souligné l’importance de renforcer le partenariat bilatéral ». Les discussions ont également porté sur « les voies de développement de la coopération dans le domaine du transport et des services logistiques, notamment en ce qui concerne les opérations d’exportation, de manière à ouvrir de nouvelles perspectives aux opérateurs économiques ».
Ce dernier point mérite une attention particulière. L’Algérie cherche activement à diversifier ses exportations hors hydrocarbures, et la Russie, réorientée vers les marchés du Sud depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine en 2022, représente un débouché que les opérateurs économiques algériens commencent à regarder avec un intérêt croissant. La question des corridors logistiques et des liaisons directes entre les deux pays est donc loin d’être abstraite. Elle touche directement aux ambitions algériennes de conquête de nouveaux marchés et à la nécessité russe de diversifier ses partenariats commerciaux dans un contexte d’isolement occidental persistant.
La visite de Levitin, dense, ciblée et soigneusement orchestrée, envoie un message clair : les deux pays entendent passer, à brève échéance, du stade des déclarations d’intention à celui des accords opérationnels. Dans un contexte géopolitique mondial en pleine recomposition, où les alliances se redessinent et où les routes commerciales se réinventent, le partenariat algéro-russe dans les transports et la logistique pourrait bien constituer l’un des pivots d’une relation bilatérale appelée à prendre une nouvelle dimension stratégique. R.N


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