D’ici une semaine, chaque banque opérant sur le territoire algérien recevra une instruction formelle de la Banque d’Algérie : appliquer les normes KYC — Know Your Customer, ou « Connaissez votre client » — sans exception ni dérogation. Mohamed Lamine Lebbou, gouverneur de la Banque d’Algérie, en a fait l’annonce mardi à Alger, en marge de la deuxième édition du « CEO Survey », organisée par le cabinet PwC au Centre international de conférences Abdelatif-Rahal, en présence de membres du gouvernement, de dirigeants d’entreprises et d’experts économiques.
La mesure n’est pas anodine. Elle s’inscrit dans un effort plus large de mise à niveau du système bancaire national face aux mutations que connaissent les modes de financement, à l’heure où la masse monétaire circulant en dehors des circuits formels demeure une variable que les autorités peinent à maîtriser. Lebbou a été clair sur la portée de la directive : « Elle sera contraignante pour l’ensemble des banques », a-t-il affirmé, tout en précisant qu’elle tiendra compte des particularités de chaque opérateur économique. Concrètement, un client pourra, sur la base d’une simple déclaration, révéler ses revenus prévisionnels et leur utilisation « sans se heurter à des obstacles ».
Ce point mérite qu’on s’y attarde. Car l’un des reproches traditionnellement adressés aux banques algériennes, c’est précisément l’effet repoussoir de leurs procédures : formulaires redondants, exigences documentaires kafkaïennes, délais interminables. La nouvelle instruction semble vouloir corriger ce biais, sans pour autant relâcher la vigilance sur les flux suspects. Lebbou a rappelé que les règles relatives à la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme demeurent non négociables. Dans ce cadre, il a salué les efforts d’Algérie Poste pour moderniser ses fichiers KYC, un chantier que l’établissement financier conduit depuis plusieurs mois pour mettre en conformité ses millions de comptes clients.
Le dispositif KYC est un standard international que les banques et institutions financières appliquent pour vérifier et confirmer l’identité de leurs clients, avec pour objectif de garantir la transparence des transactions et de limiter les opérations frauduleuses ou suspectes. En Algérie, son application a longtemps souffert d’une mise en œuvre partielle et inégale selon les établissements. L’instruction à venir vise à uniformiser la pratique et à renforcer la sécurité de l’ensemble du système bancaire.
Au-delà du KYC, Lebbou a abordé plusieurs dossiers structurants de la politique monétaire. Sur l’inclusion financière, il a insisté sur un point que les économistes répètent depuis des années : intégrer les acteurs informels dans le système bancaire ne se décrète pas, cela se construit, en tenant compte de la réalité des activités économiques et de leur environnement. La numérisation, selon le gouverneur, est ici un levier décisif pour attirer vers les canaux officiels une partie de la liquidité qui circule encore en dehors d’eux.
Sur le front de la concurrence, la loi monétaire et bancaire a ouvert la porte à de nouveaux entrants : banques numériques et prestataires de services de paiement. Des dossiers sont actuellement en cours d’examen auprès de la Banque centrale. Lebbou n’a pas précisé de calendrier, mais l’évocation de ces candidatures confirme que le secteur bancaire algérien est en train de changer de physionomie, lentement mais réellement.
Quant à l’inflation, le gouverneur a choisi de relativiser. Certes, la maîtrise des prix reste une priorité, mais il a tenu à souligner que l’Algérie affiche des taux d’inflation inférieurs à ceux de plusieurs pays européens — un argument qui a ses limites, mais qui dit quelque chose sur la trajectoire récente de l’économie nationale. La baisse du taux directeur, a-t-il précisé, vise à soutenir les banques commerciales, à rendre l’investissement plus attractif et à garantir les opérations de refinancement. En parallèle, une politique de change prudente est maintenue, orientée vers la rationalisation des ressources et leur fléchage vers les secteurs stratégiques.
Publication des textes encadrant l’activité des guichets uniques d’ici une semaine
La même journée, Omar Rekkache, directeur général de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI), annonçait de son côté la publication imminente — « d’ici une semaine » également — des nouveaux textes réglementaires encadrant les guichets uniques de l’agence. Élaborés en concertation avec le Conseil du renouveau économique algérien (CREA), ces textes ont reçu l’aval du gouvernement. Rekkache a qualifié cette publication d’« étape importante dans le processus d’amélioration du climat des affaires », avec l’ambition de faire des guichets uniques « une véritable interface au service des investisseurs » — formule consacrée, mais qui prend un sens particulier à l’heure où la simplification administrative est devenue une condition explicite pour attirer les capitaux étrangers. Une journée d’information sera prochainement organisée pour détailler le dispositif.
Deux annonces, un même calendrier, un même lieu : la convergence n’est sans doute pas fortuite. Le message que les autorités algériennes ont voulu envoyer lors de ce CEO Survey est celui d’un État qui avance sur plusieurs fronts à la fois — régulation bancaire, inclusion financière, attractivité pour l’investissement. R.E


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